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samedi 08 décembre 2007 | 0. Sommaire des Articles


> Costa do Sauípe – Du tourisme de luxe au développement local (Nordeste du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293616-costa-do-sauipe-tourisme-et-developpement-local/

 

> Indiens du nordeste – Visite aux indiens Karirí-Xocó et paroles d’indiens Truká – Lutte pour la terre et discrimination… (Nordeste du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293608-indiens-du-nordeste/

 

> Zumbi dos Palmares – L’histoire d’un ancien esclave devenu héro national au Brésil
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293598-zumbi-dos-palmares/

 

> Le Quilombo d’Acauã – À ancêtres esclaves, descendants indigents (Nordeste du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293595-le-quilombo-d-acaua/

 

> La guerre du Sertão – Ou l’histoire d’une insurrection aussi étrange que meurtrière (Nordeste du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293590-la-guerre-du-sertao/

 

> Banco Palmas, l’histoire d’une banque pas comme les autres – Une banque communautaire dans un quartier défavorisé, et des projets qui font déjà des émules… (Nordeste du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293585-banco-palmas-l-histoire-d-une-banque-pas-comme-les-autres/

 

> Au far-west, rien de nouveau – Rencontre avec Almir Narayamoga Surui, leader du peuple Paiter, en lutte pour la reconnaissance de ses droits et la préservation de la forêt. (Amazonie brésilienne)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/245400-au-far-west-rien-de-nouveau/

 

> Entretien avec un pajé déchu – L’ancien shamane du peuple Paiter (Amazonie brésilienne)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/245397-entretien-avec-un-paje-dechu/

 

> La Révolution bolivarienne – Quid du Venezuela de Chavez ?...
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/244875-la-revolution-bolivarienne/

 

> Caracas, métropole latine  (Venezuela)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/244857-caracas-metropole-latine/

 

> Ce qui se passe en Colombie – entre guérillas, paramilitarisme, narcotrafic, intervention américaine…
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/244498-ce-qui-se-passe-en-colombie/

 

> Pastos, indigènes de Colombie – Un peuple qui travaille l’harmonisation des deux cultures blanches et indiennes, et tente de dessiner une « carte de navigation » pour les générations futures… (Pasto, sud de la Colombie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/242802-pastos-indigenes-de-colombie/

 

> Pour une poignée de bananes – Pourquoi une république bananière s'appelle une république bananière ? (Equateur)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/229671-pour-une-poignee-de-bananes/

 

> LA UNITED FRUIT CO. – Un poème de Pablo Neruda sur la tristement célèbre compagnie fruitière nord-américaine
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/229676-la-united-fruit-co/

 

> Amazonie péruvienne – la Réserve nationale Pacaya Samiria – ou comment les populations locales travaillent durement à la préservation de la forêt et des écosystèmes. (Amazonie péruvienne)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/226230-amazonie-peruvienne-la-reserve-nationale-pacaya-samiria/

 

> Fitzcarraldo – Le personnage déjanté du film de W.Herzog qui se passait à Iquitos… (Amazonie péruvienne)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/222513-fitzcarraldo/

 

> Iquitos – La plus grande ville du continent qui ne soit pas relié par la route (Amazonie péruvienne)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/222512-iquitos/

 

> Descendre l’Amazone – Six jours de voyage pour relier Iquitos depuis Lima... Épique ! (Pérou)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/219134-descendre-l-amazone/

 

> Ama, Amazonas... – un peu d’histoire de l’Amazone…
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/219132-ama-amazonas/

 

> Huancavelica – Une facette moins connue du Pérou : la réalité rurale dans les Andes. Introduction aux problématiques du développement rural…
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/216137-huancavelica-un-autre-perou/

 

> Instants quechuas (Pérou)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/216139-instants-quechuas/

 

> Tourisme alternatif à Huancavelica – Pour qui cherche à découvrir le Pérou en dehors des sentiers battus
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/216149-tourisme-alternatif-a-huancavelica/

 

> Travail infantile dans les rues de Huancavelica (Pérou)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/216155-travail-infantile-dans-les-rues-de-huancavelica/

 

> Civilisations andines, des ruines et des histoires – Tawatinsuyo, La conquista, Le drame amérindien, Nos ancêtres les Incas & Des cités perdues... (Pérou)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/215755-civilisations-andines-des-ruines-et-des-histoires/

 

> En passant par les Andes… – En bus… (Bolivie – Pérou)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/215746-en-passant-par-les-andes/

 

> Pendant ce temps en Bolivie – Dans un pays indien en pleine mutation, ce qui se joue avec le projet de réforme de la constitution
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/198074-pendant-ce-temps-en-bolivie/

 

> Là où fut exposé le corps du Che… (Bolivie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/190844-la-ou-fut-expose-le-corps-du-che/

 

> Une montagne d'argent – Potosí : la plus fabuleuse mine d’argent de l’Histoire d’où les Espagnols ont extrait plus de 30 000 tonnes d’argent durant les trois siècles de colonisation. Ou l’histoire de la naissance du capitalisme… (Bolivie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/180975-une-montagne-d-39-argent/

 

> Au fond de la mine – Les fameuses mines de Potosí sont toujours en activité, dans des conditions de travail terribles (Bolivie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/180973-au-fond-de-la-mine/

 

> Une mer de sel – Un désert de sel à 3500m d’altitude (Bolivie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/178916-une-mer-de-sel/

 

> Sous un soleil de cuivre – Le Chili, le cuivre et les intérêts étrangers…
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/178436-sous-un-soleil-de-cuivre/

 

> Le Perito Moreno, monstre glacé – 350 km de détour pour aller voir un glacier, cela peut paraître idiot, et pourtant… (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/175563-le-perito-moreno-monstre-glace/

 

> Ushuaia – La ville « la plus australe du monde » (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/175162-ushuaia/

 

> Nationalisme au bout du monde – Il est frappant de constater combien le nationalisme s’exprime, et même s’exacerbe dans ces régions immenses et désertiques… (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/175163-nationalisme-au-bout-du-monde/

 

> Traverser la Patagonie… – En stop… (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/173564-traverser-la-patagonie/

 

> … Jusqu’au bout du monde (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/173565-jusqu-au-bout-du-monde/

 

> Mapuches – Un peuple en lutte pour sa culture et pour la terre. Quand les Indiens des Andes du sud en sont toujours à subir la conquête des espaces par les blancs… (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/172582-mapuches-un-peuple-en-lutte-pour-sa-culture-et-pour-la-terre/

 

> Du stop dans les Andes (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/172580-du-stop-dans-les-andes/

 

> Les entreprises récupérées – ou l’autogestion ouvrière en pratique en Argentine.
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/169426-les-entreprises-recuperees/

 

> Hablas Portugnol?
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/169411-hablas-portugnol/

 

> Les piqueteros (Argentine)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/169408-les-piqueteros/

 

> L’Argentine… (Un peu d’histoire)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/160871-l-argentine/

 

> Les Mères de la place de Mai (Argentine)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/165636-les-meres-de-la-place-de-mai/

 

> Buenos Aires (Argentine)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/161519-buenos-aires/

 

> Histoires de mauvais voisinage entre Uruguay et Argentine
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/161495-histoires-de-mauvais-voisinage-entre-uruguay-et-argentine/

 

> La Comunidad del Sur ou l’anarchie en pratique – Fondée dans les années 50, la Comunidad del Sur est une expérience libertaire à l’histoire particulièrement mouvementée, marquée par un long exil en Suède sous la dictature, et ponctuée de nombreuses mutations. (Uruguay)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/160310-la-comunidad-del-sur-ou-l-anarchie-en-pratique/

 

> Montevideo (Uruguay)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/161453-montevideo/

 

> Les coopératives de logement – Ou la solidarité et l’autogestion en pratique depuis plus de trente ans en Uruguay
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/159012-les-cooperatives-de-logement/

 

> L’Uruguay… (Un peu d’histoire)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/154060-l-uruguay/

 

> Le rituel du Santo Daime – Un culte chrétien qui se danse sur des rythmes africains et se pratique sous l’influence d’une drogue d’origine chamanique… ou le syncrétisme religieux comme il n’existe qu’au Brésil ! (Sud du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/148714-le-rituel-du-santo-daime/

 

> Porto Alegre (Sud du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/144998-porto-alegre/

 

> Médecins des favelas (Sud du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/145007-medecins-des-favelas/



La carte. de Curitiba à Curitiba

vendredi 07 décembre 2007 | 2. La carte du voyage

Costa do Sauípe : tourisme et développement local

samedi 03 novembre 2007 | k_Brasil - Nordeste

Costa dos coqueiros, Bahia.

Plages à perte de vue, cocotiers, dunes et lagunes... Le littoral du nord de Bahia serait paradisiaque s’il n’était colonisé par les gigantesques complexes touristiques, centres grillagés destinés à la consommation de plaisir, d’exotisme, de dépaysement... En dehors des classiques terrains de golfe et de tennis, on y retrouve les clichés de mauvais goût du tourisme de luxe, du petit village de boutiques et restaus de style colonial en carton pâte jusqu’aux locaux typiques et sympathiques qui viennent danser pour vous.

Au beau milieu de cette débauche tropicalo-capitaliste, le programme Costa do Sauípe a attiré notre attention, ou comment pratiquer le tourisme durable à travers la formation professionnelle, la valorisation de la culture locale et la production artisanale...

Nous avons rendez-vous avec Francis pour en savoir plus sur le projet.

Au terme de trois heures de voyage depuis Salvador, le bus nous débarque au lieu indiqué, un rond-point désert d’où part une petite route. Nous marchons jusqu’à une sorte de péage où nous montrons patte blanche. Après vérification par téléphone, on nous « libère » et nous sommes autorisés à entrer. Là, il nous faut encore attendre une navette pour nous rendre au cœur du complexe proprement dit. Une charmante employée aux lunettes de star (et sponsorisée par Kappa comme tous le personnel du site) nous embarque dans sa voiturette de golf.

À notre grande déception, le site ressemble en tout point à n’importe quel autre complexe de la côte. Cinq hôtels, six auberges et deux résidences de bungalows se partagent plusieurs hectares du littoral avec un centre nautique, un centre équestre, un complexe multisports, un terrain de golf bien sûr, et même une petite ferme avec ses petits animaux pour les enfants.

Notre hôtesse, qui semble en savoir autant sur les questions environnementales que moi sur la haute couture, nous explique que le site est une réserve protégée. Ici on a un sens aigu de l’écologie, tenez par exemple : quand un paresseux s’aventure malencontreusement sur la route, on arrête le « trafic » et les pompiers du site interviennent pour sauver l’animal et le replacer dans son environnement naturel…

Ça sent de plus en plus la tarte à la crème. Bientôt on va nous expliquer que l’investissement social de l’entreprise consiste à embaucher des locaux pour laver les chambres et ramasser les balles de golf ?

Nos rêves fous de développement durable et autres alternatives locales commencent à fondre comme neige au soleil de Bahia. 

 

 

Francis nous reçoit dans son bureau – Francis qui s’avère être une femme, mais après tout nous ne sommes plus à une surprise près.

Formée en tourisme, elle a effectué sa thèse de fin d’études sur les impacts socio-économiques du tourisme dans la région de Bahia avant de travailler pour Costa do Sauípe. Elle nous dresse un long panorama du contexte régional qu’elle semble maîtriser et des efforts déployés à Costa do Sauípe en terme de développement local – car les efforts sont réels et c’est là la bonne surprise.

 

Du développement touristique au développement local


Dans les années quatre vingt dix, la construction de la Linha verde (la route qui relie Salvador à Aracaju dans l’état de Sergipe), sort le littoral nord de Bahia de l’isolement. Le fort potentiel touristique de la région attire rapidement les promoteurs immobiliers et l’industrie du tourisme investit massivement sur la côte.

En quelques années à peine, Bahia devient une destination majeure du tourisme international, les complexes fleurissent tout au long du littoral.

Costa do Sauípe est un de ces complexes (c’est même le plus gros), à ceci près qu’il est né de l’initiative d’acteurs publics et privés brésiliens soucieux de maîtriser les impacts socio-économique et environnementaux des activités touristiques dans la région. Les entreprises partenaires de Sauípe SA se laissent convaincre, attendu que le développement durable du territoire est synonyme de développement durable des activités touristiques, in fino des bénéfices. Un investissement coûteux mais rentable à long terme – en l’occurrence l’investissement a été effectué en grande partie par la fondation du Banco do Brasil[1].

La priorité est donnée à l’emploi, mais avec 45% d’analphabétisme les habitants de la région ne peuvent satisfaire aux exigences de l’industrie du tourisme de luxe. Former la population aux métiers du tourisme implique donc de mettre en place une véritable politique de développement des communautés.

C’est ainsi que le programme Berimbau voit le jour. Son objectif est pour le moins ambitieux : promouvoir le développement durable de la région, réduire les inégalités, créer des emplois localement et améliorer les conditions de vie des populations locales.

Aujourd’hui l’action du programme Berimbau a permis la création de diverses structures comme autant de moteurs du développement local :


· Une coopérative d’artisanat

Comme partout ailleurs en Amérique latine, l’artisanat occupe une place importante dans les traditions locales. Ici on travaille essentiellement la paille – sacs et chapeaux.

Un centre artisanal a été construit dans la ville voisine de Porto Sauípe, comprenant un atelier de confection et une boutique. La structure coopérative a aidé à stabiliser la production : l’artisanat est désormais une source de revenus stable, et non plus un moyen d’arrondir les fins de mois. Par ailleurs, la collaboration de stylistes a permis de perfectionner les techniques et diversifier les produits réalisés.

 

 

· Une coopérative de pêche

En plus de moderniser les méthodes de pêche (pour une meilleure sécurité et un meilleur rendement), son objectif est aussi de mieux maîtriser la chaîne de commercialisation du poisson.

 

 

· Une usine de recyclage des déchets

Verdecoop récolte les quelques dix tonnes de déchets produits chaque jour par le complexe touristique Costa do Sauipe (c’est que ça produit du déchet un touriste de ce standing !). Les déchets recyclables sont triés et revendus à des usines de revalorisation et les déchets organiques sont traités pour fournir de l’engrais 100% natural aux agriculteurs locaux – ou au golf de Costa do Sauipe.


· Une école de production

Une sorte d’espace de « perfectionnement professionnel » et de « découverte de vocation » où sont transmis des savoirs relatifs à l’artisanat, à l’agriculture, à la couture, mais aussi où germent les idées. Un projet de production de savon et de shampoing à partir de plantes locales est par exemple en gestation.


· Des écoles

Une école pour les enfants de 3 à 8 ans, une école d’alphabétisation pour adolescents et adultes, et une école d’informatique.

 

 

· Une coopérative agricole

Coopevales permet aux agriculteurs locaux de mieux maîtriser la production locale, mais également la commercialisation et la distribution. Alors que la plupart des complexes de la région importent les fruits et légumes de São Paulo, Costa do Sauípe se fournit auprès de Coopevales.

On y développe des techniques innovantes comme la permacultura – ou production agro-écologique intégré et durable[2]. C’est un système de culture intégré suivant le principe d’écosystème pour une production moins gourmande en ressources – et en plus c’est mignon, non ?

 

 

Développement durable ?


D’un point de vue purement environnemental, la « propreté » de ce genre de tourisme n’est pas franchement convaincante. La question mériterait un véritable calcul, mais gageons que l’empreinte écologique par tête de touriste à Costa do Sauípe est loin d’être satisfaisante en comptant avec une seule planète pour tout le monde. (Concédons toutefois que des efforts notoires sont réalisés au-delà de la protection des paresseux du site, notamment à travers la revalorisation des déchets et la consommation de produits locaux.)

Si nous ne sommes pas vraiment séduits par la démarche qui consiste à consommer de l’exotisme et du loisir dans une enclave aseptisée à des années lumière de la réalité bahianaise, reconnaissons à Costa do Sauípe SA le mérite de se soucier de ce qui se passe en dehors de ses murs.

Comme Francis le souligne pragmatiquement, le développement du tourisme était un processus en marche. Le défi consistait alors à en tirer profit afin de générer des opportunités pour les habitants de la région. Et sur ce plan, avouons que l’impact semble plutôt positif malgré les tâtonnements et les erreurs que Francis ne nous cache pas – et d’ailleurs le développement est un travail nécessairement itératif et sans fin.

D’un point de vue humain le travail effectué est précieux. Les habitants de la région sont traités en partenaires plus qu’en simples sous-traitants et l’action du programme Berimbau va bien au-delà de l’emploi direct et de l’amélioration de la qualité de vie : renforcement des cultures communautaires, développement des activités solidaires et du travail coopératif, diffusion des savoirs fondamentaux et techniques... Ce sont des changements profonds qui s’opèrent dans les communautés comme autant de perspectives d’émancipation à long terme, à travers l’éducation, la culture entreprenariale et la citoyenneté.

On notera au passage que l’initiative privée permet de réaliser des avancées considérables là où les pouvoirs publics sont déficients faute de moyens, et bien souvent de réelle volonté politique.


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Instituto de Hospidalidade

 
L’Instituto da Hospitalidade est un acteur majeur dans les projets de Costa do Sauípe en faveur des communautés locales.

Cet organisme créé en 1997 par un consortium d’une trentaine d’institutions publiques et privées, a pour objectif de faire du tourisme « un outil de développement social et économique en faveur de l’environnement, de la diversité culturelle et de la paix. ».

L’Instituto da Hospitalidade (IH) est spécialisé dans les pratiques de tourismes durable et intervient essentiellement dans la qualification et la formation de personnes et d’entreprises. L’IH propose également la création de normes techniques brésiliennes à fins d’évaluation et de certification, pour une meilleure insertion professionnelle des travailleurs et une meilleure qualité de service.

Si Costa do Sauípe est un de ses projets phare, l’IH s’investit également dans la ville de Salvador. Le formidable développement du tourisme ces dernières années n’a hélas que peu profité aux habitants du centre historique où la violence reste une préoccupation réelle – y compris pour le tourisme !

http://www.hospitalidade.org.br/

 

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Un grand merci à Francis (Costa do Sauípe) et à Martha (Instituto da Hospitalidade) pour leur disponibilité et leur collaboration !


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Écrit en collaboration avec Élise qui m’a accompagné durant un joli bout de route.



[1] Au Brésil, il est courant de voir des projets culturels, sociaux, environnementaux financés par les fondations philanthropiques d’entreprise qui le sont moins – sur le principe de la main qui lave l’autre. Largement en tête on trouve les fondations du Banco do Brasil et de la Petrobras...

[2] Pour en savoir plus sur cette technique durable made in Australia, faire un tour sur Wikipedia (en english) http://en.wikipedia.org/wiki/Permaculture

Indiens du Nordeste

mardi 30 octobre 2007 | k_Brasil - Nordeste

Visite aux indiens Karirí-Xocó et paroles d’indiens Truká

 

Le Nordeste du Brésil compte environ 80 000 indiens répartis dans une quarantaine de nations indigènes. Comme leurs cousins d’Amazonie et des Andes ils luttent pour conserver ou récupérer leurs terres, parfois au péril de leur vie. Ils souffrent également de discrimination du fait d’être indien... ou au contraire ne pas l’être « véritablement » !

Pour les peuples indiens du nordeste brésilien, les premiers contacts avec l’homme blanc remonte à cinq siècles puisque c’est dans cette région que se sont établis les Portugais après la « découverte » du Brésil. Rien d’étonnant donc, à rencontrer des indiens métissés de noir et de blanc qui ne sont pas l’exacte représentation du cliché indien avec les cheveux lisses et les yeux en amandes – certains ont même les yeux clairs ou les cheveux blonds.

 

« Ici, c’est tous pour un, un pour tous. Là-bas, en ville, tu te débrouilles, personne n’est de ta famille, personne n’a de lien de famille avec toi. Si tu dis que tu es indien là-bas, tu vas au devant de problèmes et de discrimination. Avec mon cousin, ça s’est passé comme ça :
– Tu n’es pas indien !
– Pourquoi je ne le suis pas ?
– Parce que non ! Je n’ai jamais vu des indiens blancs ! »

Rodrigo

 
[Ce texte comme tous ceux qui suivent est extrait du livre « Les indiens par le regard des indiens – Truká, nation indigène du Nordeste brésilien », édité grâce au soutien de l’ONG THYDÊWÁ. Le peuple Truká est distinct du peuple Karirí-Xocó auquel nous avons rendu visite, mais les témoignages éclairent une même réalité.]

 

 

 

Chez les Karirís-Xocós

Nous sommes accueillis dans le village Karirí-Xocó, dans l’état d’Alagoas.

La nation Karirí-Xocó s’est formée il y a une centaine d’années quand les Xocó ont rejoint les Karirí après avoir été chassés de leurs terres – le regroupement forcé de deux peuples aux cultures différentes n’allant pas sans créer des tensions.

Les Karirí-Xocó vivent sur la rive du fleuve São Fransciso, celui que l’on appelle affectueusement le vieux Chico. La pêche compte parmi leurs activités[1] principales, mais le poisson se fait rare depuis la construction de l’usine hydroélectrique de Sobradinho à quelques kilomètres en amont. De plus, le niveau du fleuve est maintenant sujet à des variations aussi amples qu’imprévisibles en fonction des besoins de l’usine, ce qui empêche l’usage des terres inondables pour les cultures comme autrefois.

Les Karirí-Xocó habitent à côté de la ville de Porto Real del Colegio. Si les indiens ont toujours été discriminés par les blancs de la ville, les tensions se sont accentuées ces dernières années du fait de la récupération des terres[2]. Fait nouveau, une fois les terres reconnues comme étant indiennes par les autorités[3], la police s’est rangée du côté des indiens afin de faire respecter la dévolution. Mais si la justice progresse, l’arbitraire n’a pas disparu, la menace physique est toujours une réalité et des indiens continuent d’être battus ou assassinés.

 

« La professeur chante toujours « joyeux anniversaire » pour les élèves qui fêtent leur anniversaire et pour moi, elle n’a pas chanté. Un copain a demandé pourquoi elle a refusé de chanter, et elle a répondu que c’était parce que j’étais indien.
Cette professeur se plaint tous les jours parce qu’elle occupait des terres de notre aire et qu’elle les a perdues. »

Elson

 

« Il y en avait un qui me prenait par les cheveux, l’autre qui essayait de mettre les menottes et l’autre qui me frappait. Quand ils nous voyaient, ils nous battaient. Ils nous marchaient dessus comme si on était des bêtes. Ils menaçaient tout le monde avec leurs armes mais les indiens peu à peu sont arrivés... »

« L’île de Bambuzinho est devenue une terre difficile à récupérer à cause de ces contacts avec les hommes politiques. Jusqu’à aujourd’hui ils nous menacent. »

« Le problème c’est que alors que nous sommes propriétaires de la terre, nous sommes considérés comme des voleurs ! »

« L’indien ne veut pas de richesse, il ne veut écraser personne, il veut la paix. »

Dena, chef du village Truká, assassiné en 2005

 

 

Au-delà des aspects alimentaire et économique, la récupération de la terre est fondamentale d’un point de vue identitaire. Parce que la terre (l’environnement) est un élément central des cultures indiennes, mais aussi parce que la lutte fédère tout autant qu’elle conscientise.

Pour Ayrá qui nous accueille, être indien c’est survivre, lutter. « La construction identitaire se bâtit dans l’adversité. » Être indien, c’est aussi récupérer le mode de vie tourné vers la terre, et exercer les activités millénaires – la chasse, la pêche, la culture et l’artisanat[4].

 


 

« La reprise de la lutte a commencé en 1994 et ça a été difficile parce que les blancs, avec leurs dessous de table, cachaient les documents.

Alors nous avons occupé un terrain et je suis allé à Brasilia pour en rendre compte. En 1995 j’ai fait la deuxième occupation. Il y a un jour où j’ai reçu huit voitures de police, même le bataillon spécial de la police militaire est venu ici. Moi je n’allais pas mesurer nos forces avec eux, alors, j’ai pris mes maracas, je les ai secoués et j’ai fait danser le Toré [danse traditionnelle] à tout le monde. Le soleil était chaud et j’ai dit : on va faire courir ces policiers avec de la poussière, avec de la terre ! J’étais avec 172 familles, tous ont dansé le Toré pendant douze heures, jusqu’à ce que les policiers se fatiguent avec la poussière et s’en aillent. Qui n’a pas l’habitude de la terre ne lutte pas avec elle ! Le prêtre m’avait dit que dans l’île, il n’y avait pas d’indiens ! Un jour, j’ai regroupé tous les indiens, on a fait une file, on est venu dans la rue et quand nous sommes arrivés à l’église, le prêtre a été surpris ! Je suis entré dans l’église et tous les indiens m’ont accompagnée, on a fait une ronde et on a dansé notre Toré. Quand on a fini, on a dit au prêtre qu’il pouvait continuer la messe. Il était tout tremblant... On a visité toutes les églises de Cabrobó, on est allé sur la place, on a dansé et plus personne ne nous a jamais embêté. Ici, nous avons beaucoup souffert, mais grâce à Tupã [divinité indienne], aujourd’hui nous avons un lieu où habiter. »

Maria de Lurdes Crilo dos Santos

 

 

Pajé du peuple Kariri Xoco

 

Rencontre avec le pajé du peuple Karirí-Xocó

Lorsque nous arrivons dans le village, les habitants reviennent tout juste d’un rituel de trois jours en forêt.

Le pajé est l’autorité spirituelle du peuple. Il souligne que si le cacique (chef) est le chef politique de la nation Karirí-Xocó, dans la forêt c’est lui le pajé qui commande. Son rôle est très important car c’est lui qui entretient et transmet la culture indienne à travers la spiritualité et la religion. « Le travail est difficile aujourd’hui car il faut d’abord débarrasser leur esprit de la télévision, de la musique, etc... » Mais le pajé est fier de préciser que les Karirís-Xocós est un des rares peuples où tout le monde va encore au rituel.

On aimerait en savoir plus, et notamment comment les indiens concilient leur religion ancestrale avec la religion catholique mais il ne tient pas à s’étendre – et d’ailleurs l’accès au rituel est strictement interdit aux étrangers. Il nous dit simplement que « le dieu catholique est le chef général des choses... Et pour la compatibilité ce sont les indiens qui s’arrangent. »

Lorsque les Jésuites ont catéchisé les indiens du Brésil, beaucoup de peuples ont perdu leurs « origines ». D’autres non car ils ont fui. D’autres encore faisaient mine de se soumettre à la nouvelle religion mais continuaient de pratiquer la leur. Le pajé rie en nous racontant comment les indiens trompaient les Jésuites : ils leur disaient qu’ils partaient chasser pour quelques jours et en profitaient pour pratiquer leurs rituels une fois dans la forêt.

 

« Moi par exemple je ne suis pas catholique. Je n’aime pas l’église parce que c’est elle qui a le plus détruit le peuple indigène. C’est l’église qui a le plus induit les indiens à commettre des erreurs. Nous indigènes, et principalement le peuple Truká, nous avons la conviction que l’église est un des plus grands propriétaires terriens. La plupart des terres indigènes sont entre les mains de l’église. Le problème, c’est que quelques anciens chefs, pas seulement du peuple Truká, mais de tous les peuples, se sont laissés endormir par de belles paroles, avec des petits cadeaux qui ne sont même pas des cadeaux mais une manière de séduire et de se rapprocher des indiens et de les détourner de leur manière de vivre. »

Issor Truká - Cacique

 

L’arc digital...

Les indiens désignent volontiers l’ordinateur comme un arc d’un genre nouveau : l’arc digital. C’est avec l’arc digital qu’on va « chasser » l’information sur Internet, « étudier les habitudes » [des blancs, des institutions], « imiter » (s’approprier la culture blanche) et « capturer » [les informations, les projets,les subventions]. L’usage de l’ordinateur est une nouvelle activité qui trouve rapidement sa place aux côtés des activités traditionnelles comme l’artisanat ou la chasse.

L’ONG brésilienne Thydêwa a aidé à la création du site indios-online (www.indiosonline.org.br), une véritable communauté collaborative, et interethnique puisqu’elle concerne plusieurs nations indiennes du nordeste du Brésil. Cette communauté virtuelle est vue comme « Un atelier pour construire les flèches digitales pour nos peuples. ».

Pour les Karirí-Xocó, savoir utiliser internet est essentiel pour s’adapter au monde contemporain, « non pour cesser d’être indigènes, mais pour continuer à l’être. » Ce nouvel outil permet de communiquer avec les autres peuples, de partager les expériences et même faire des réunions « on-line » ! C’est en outre l’occasion de se faire mieux connaître des institutions et des voisins de la ville, lutter contre les préjugés et la discrimination gagner le respect.

Un grand pas vers la reconnaissance de la citoyenneté indigène.

 

 


Des indiens de différentes nations ont leur blog… Voir l’Arc Digital, ou Communauté Collaborative d’Apprentissage: www.indiosonline.org.br/blogs

 

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« Aujourd’hui, nous indiens, nous ne voulons que 12% de notre territoire, comme les blancs l’ont déterminé dans la Constitution. Mais c’est une honte que de tout le territoire national, nous en ayons que moins de 0,2% de reconnu et délimité. Et le peuple traite encore l’indien de violent et de criminel. »

Issor Truká - Cacique

 

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Les photos publiées pour cet article sont de Ardaga do CLUBE MARIA BONITA - Lençóis - sauf la dernière photo, copiée depuis le site indios-online. Ardaga, obrigadão pelas fotos !

 

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Sur la toile, en français

> http://www.reseau-relacs.org/thydewa/thyd.htm

www.indiosonline.org.br/paix

> Enfin, la maison des Droits de l'Homme de Limoges qui travaille également avec les nations indiennes du nordeste: http://mdh.limoges.free.fr/spip/spip.php?rubrique16
Une délegation indienne viendra en France en Octobre prochain (2008)



[1] Le choix du mot « activité » plutôt que « travail » n’est pas fortuit. À la vision occidentale du travail qui consiste à vendre sa force de travail contre un salaire, les indiens préfèrent y voir une activité répondant à un besoin – souvent collectif.

[2] En décembre 2006, le ministère de la justice a homologué 4 419 ha de terre qui sont actuellement en démarcation. Jusqu’ici, les 2500 habitants du village doivent se contenter de 700 ha.

[3] La constitution de 1988 reconnaît un statut particulier aux indiens, ainsi que le droit à la terre. Dans les faits, les récupérations des terres spoliées sont très récentes et sont encore loin de satisfaire aux exigences des indiens. On saluera au passage le travail précieux de Gilberto Gil (Ministre de la culture) en terme de reconnaissance et de valorisation des cultures minoritaires et populaires.

[4] L’artisanat chez les indiens n’est pas apparu pour les besoins du tourisme (au demeurant très localisé). Historiquement les indiens ont toujours confectionné divers objets d’artisanat (bijoux, poteries, tissus, etc.) comme mode d’expression artistique quand il ne s’agissait pas d’en faire une monnaie de troc.

Zumbi dos Palmares

vendredi 26 octobre 2007 | k_Brasil - Nordeste

De tous les quilombos, le plus fameux fut le Quilombo dos Palmares (des palmiers). Il s’étendait sur 250km, compta jusqu’à 30 000 habitants et réussit à tenir tête aux autorités coloniales pendant près d’un siècle.

Zumbi fut le dernier leader du quilombo. Il refusa la proposition de paix du gouvernement colonial qui lui imposait en contrepartie la soumission à la couronne portugaise. Il n’était pas question d’accepter la liberté pour les seuls habitants du quilombo alors que les autres noirs restaient esclaves des blancs.

La capitale du quilombo tomba en 1694 et Zumbi fut tué l’année suivante alors qu’il continuait la lutte sous forme d’une guérilla. Conformément aux douces mœurs portugaises de l’époque, la tête de Zumbi fut exposée à Recife.

Le 20 novembre, date à laquelle Zumbi trouva la mort, a été adopté en 1995 comme jour officiel de la conscience noire au Brésil.


 

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Dans « Bahia de tous les Saints » (1935), l’écrivain Jorge Amado fait de Zumbi le héro favori de son personnage. Au détour du roman, il nous livre une histoire de « Zumbi des Palmiers », que je recopie ici sans aucune autorisation :

« Zumbi des Palmiers était un nègre esclave. Nègre esclave avait la vie dure. Zumbi était battu, lui aussi. Mais là-bas, il n’était pas battu. Parce que là-bas nègre n’était pas esclave. Nègre était libre, nègre passait son temps sans la brousse à danser.
– Et pourquoi qu’ils sont venus ici ? interrogea Balduino, déjà intéressé.
– C’est les blancs qui venaient les chercher. Ils leur racontaient des menteries. Nègre était bête, il avait jamais vu l’homme blanc. L’homme blanc n’avait plus l’œil de la piété. Il voulait seulement l’argent et il prenait les nègres pour en faire des esclaves. Il les emmenait à coups de trique. Ça s’est passé comme ça pour Zumbi. Mais lui il était courageux et il en savait plus que les autres. Un beau jour il a fui, avec d’autres nègres, et il est redevenu libre, comme dans son pays. Alors un tas de nègres l’ont suivi. Ils ont fait une grande ville de nègres. Alors les blancs ont envoyé des soldats pour les tuer. Mais les soldats ont reçu la pile. Et puis d’autres soldats sont venus. Les nègres tenaient toujours bon...
Antonio Balduino ouvrait de grands yeux. Tout son corps tremblait d’enthousiasme.
– Alors on a envoyé des soldats en pagaïe, mille fois plus de soldats qu’il y en avait de nègres. Mais les nègres voulaient pas redevenir esclaves, et quand il a vu qu’ils étaient foutus, Zumbi, pour ne plus jamais recevoir la trique de l’homme blanc, il s’est jeté du haut d’un morne[1]. Et tous les nègres ont sauté avec lui... Zumbi des palmiers était un nègre bon et brave.
Antonio Blduino, ce jour-là, trouva un ami pour combler dans son cœur le vide laissé par sa tante. À dater de ce jour Zumbi des palmiers devint son héro préféré. »



[1] Mot antillais pour désigner un relief isolé, un rocher, une colline.

le Quilombo d’Acauã

jeudi 25 octobre 2007 | k_Brasil - Nordeste

À ancêtres esclaves, descendants indigents


Historiquement, les quilombos étaient des communautés autonomes formées par des esclaves en fuite. Si la large majorité de leurs habitants étaient d’origine africaine, les quilombos accueillaient parfois des indiens et même des blancs. La plupart des quilombos eurent une existence éphémère, mais certaines communautés perdurèrent au-delà de l’abolition de l’esclavage notamment du fait de leur isolement. Aujourd’hui on compte officiellement près d’un millier de Quilombos[1] au Brésil.

 

 

Le quilombo d’Acauã dans l’état du Rio Grande do Norte connaît une situation particulièrement précaire. Les quelques cinquante familles qui y vivent peinent à satisfaire aux nécessités élémentaires (alimentation, santé, éducation...). L’économie est basique et repose sur l’élevage, l’agriculture de subsistance (maïs, haricots, riz) et la fabrication de la farinha (la farine de manioc).

 

 

Alors qu’elle se concentre actuellement sur 4 ha, la communauté est en passe de récupérer 55 ha de terre qui lui avaient été « légalement » volées au cours de son histoire par les latifundistes locaux. (Les 55 ha étant peu au regard des 900 ha qu’occupait autrefois la communauté.) Le Nordeste du Brésil connaît des inégalités très fortes que perpétue et accentue la culture du colonelisme. Les Colonels étaient généralement des latifundistes qui concentraient localement les pouvoirs économique, politique et social. Si les temps ont changé, la concentration des pouvoirs et l’arbitraire sont toujours une réalité ici plus qu’ailleurs. Des communautés isolées et démunies continuent de voir leurs terres spoliées par les grands propriétaires et les promoteurs, suivant des procédés peu orthodoxes (menaces et meurtres sont pratiques courantes)... Les autorités locales et régionales se sont toujours faites les complices de l’injustice et de l’arbitraire en fermant les yeux quand elles n’intervenaient pas directement, aujourd’hui encore elles rechignent souvent à redistribuer l’argent que l’état fédéral alloue aux populations exclues.

 

 

Dans le cas du quilombo d’Acauã, une étude antropologique a permis de reconnaître l’identité quilombola de la communauté, ainsi qu’une partie des terres volées.

La communauté est accompagnée et soutenue par la NEB (Noyau d’Etudes Brésiliennes), une ONG locale fondée par Jair et Olivan qui nous accueillent chaleureusement.

Il y a maintenant dix ans, Jair a quitté son Paraná natal (sud du Brésil) pour venir travailler avec la communauté d’Acauã. Ce qui n’était qu’un projet universitaire allait devenir l’engagement d’une vie. L’année suivante, Jair revenait dans nord du Brésil et fondait la NEB avec Olivan.

La communauté manquait alors de tout, et n’était même pas reconnue officiellement comme une communauté quilombola. La première étape consista à créer une association des habitants comme structure légale autour de laquelle allait pouvoir s’articuler le travail. Cette première tentative fut un échec, mais avec quelques membres de la communauté l’ONG persévéra et une nouvelle association fut créée. C’est celle-là qui a permis de mener à bien le travail de récupération des terres.

 

 

L’ONG travaille à l’amélioration de la qualité de vie dans la communauté, et encourage le processus récent de récupération identitaire. (Si la communauté est restée très traditionnelle, le sentiment identitaire n’en est pas moins ténu, comme une mémoire collective enfouie ou disparue qu’on l’on tente peu à peu de reconstituer.)

 

Visite au quilombo

Nous assistons à une assemblée communautaire dans le local de l’association des habitants. Je compte environ 75 participants (de tous les âges !).

 

 

On note qu’une majorité de femmes participent à la réunion. Jair dit que certaines sont de plus en plus reconnues comme leaders politiques dans la communauté. Dans les projets de développement les femmes sont en général des actrices locales de choix. Souvent au foyer, elles disposent de plus de temps libre que leurs maris. En outre elles ont moins tendance à dilapider les éventuels budgets dans la bière et font preuve d’un sens plus aigu des responsabilités.

 

 

À l’ordre du jour : l’occupation des terres en cours de récupération. C’est l’occasion de rappeler les devoirs de chacun et ce qu’il ne faut pas faire. Untel a coupé un arbre, ce qui peut être un délit environnemental au Brésil, il est donc normal qu’il soit sous le coup de la justice aujourd’hui.

Il y a un an, Luciano a rejoint la petite équipe de la NEB. Avocat fraîchement diplômé, il apporte à la communauté l’assistance juridique qui lui faisait défaut. Comme l’explique Luciano, les populations défavorisées sont exclues du système juridique et la plupart ne connaissent même pas leurs droits. Au-delà de la question purement juridique, informer sur les droits et les devoirs participe à éveiller l’esprit citoyen des habitants du quilombo.

Lors de la réunion il est également question des modalités de la récupération des terres et Jair insiste pour que leur utilisation future soit aussi collective que possible. En outre, trois maisons sont récupérées avec les terres et Jair suggère qu’elles soient destinées à des fins communautaires : pour y déménager l’école par exemple.


Avec les habitants de la communauté nous allons effectuer une reconnaissance des terres qu’ils vont bientôt récupérer. Les enfants sont de la partie, conférant un air de joyeuse sortie dominicale.

 

Jair en compagnie des enfants du quilombo

 

 

Pour servir son action pédagogique, la NEB a créé une monnaie communautaire destinée à récompenser les travaux collectifs comme la garde des enfants, l’entretien du local de l’association ou la récolte des ordures. Avec cette monnaie on peut acheter les dons que l’ONG a récupérés : des habits, des ustensiles domestiques et des livres. Il va sans dire que les livres ne sont pas très prisés alors que beaucoup sont analphabètes. Jair ne manque jamais de rappeler que ceux qui savent lire doivent enseigner aux autres.

Si la récupération des terres est une victoire en soi, le travail ne fait que commencer. Il y a tant à faire ! Et Jair ne manque pas d’idées pour la suite : inviter à arrêter progressivement l’élevage (économiquement déficitaire), développer d’autres cultures pour renforcer la sécurité alimentaire, aménager les espaces communs, mieux travailler à la préservation de l’environnement (gestion des déchets, préservation des écosystèmes locaux)...

Le travail de développement, même à petite échelle, relève d’une délicate alchimie alliant pédagogie et autonomie, un zeste de patience et beaucoup de lutte.

 

 

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Quelques semaines après notre passage, le quilombo a été  attaqué par un avocat ( !) accompagné par deux hommes de mains. Ils ont incendié plusieurs barraques et menacé les habitants de la communauté.

 

        

 

Toutes les photos de cet articles sont signées de Jair et Olivan de la NEB



[1] La constitution de 1988 reconnaît un statut particulier aux communautés quilombolas. 743 sont effectivement reconnues et on compte 252 procédures de reconnaissance en cours.

La guerre du Sertão

lundi 22 octobre 2007 | k_Brasil - Nordeste

Ou l’histoire d’une insurrection aussi étrange que meurtrière.

 

À la fin du XIXe siècle, le sertão[1] de Bahia connaît des années de sécheresse terribles. En plus de la faim et la soif, les habitants du Sertão subissent une autre plaie : les cangaços, ces bandes armées qui sillonnent la campagne, perpétrant tueries et pillages, volant le peu de nourriture qu’ils trouvent.

Un personnage singulier et charismatique qui sillonne depuis des années cet enfer sans flamme gagne l’aura d’un prophète. Au fil des prêches et des harangues, celui que l’on nomme le Conseiller est accompagné par un nombre toujours grandissant de fidèles.

La troupe finit par s’établir à Canudos, une fazenda dont elle prend purement possession. Les illuminés cessent de faire sourire, d’autant qu’ils refusent de se soumettre à l’autorité de la république nouvellement proclamée. La république des maçons et des protestants ne fait qu’accabler le peuple par l’impôt, et pire encore, prétend consacrer le mariage civil et séparer l’état de l’église... On affirme même que la république compte rétablir l’esclavage aboli quelques années plus tôt par le regretté empereur. C’est le règne de l’Antéchrist qui s’annonce...

 

 

Les insurgés déroutent plusieurs patrouilles policières et militaires venues tenter de faire respecter l’ordre républicain. Dès lors Canudos accueille un flot sans cesse grandissant de croyants fervents, paysans miséreux, handicapés et saints en tous genres. Le charisme du Conselheiro est tel que les cangaceiros les plus féroces viennent y chercher la rédemption. À Canudos ont été abolis l’argent et la propriété privée, ce qui fait une sorte de Commune régie par la morale chrétienne. Une révolte libertaire et conservatrice à la fois.

Le potentiel subversif de Canudos est tel qu’il inquiète bientôt l’état fédéral qui envoie l’armée. Ce n’est qu’au bout de la deuxième campagne que les militaires auront raison de Canudos. Il ne faudra pas moins de 10 000 hommes pour venir à bout d’une bourgade de 25 000 âmes, dont on raconte qu’aucune ne survécut au massacre.

 
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Canudos dans la littérature...

 

> Os Sertões de Euclides da Cunha – 1902

Un monument de la littérature brésilienne. Plus qu’un roman, c’est un ouvrage de sociologie, de géographie et d’histoire.

Pour les curieux, l’œuvre est intégralement disponible sur la toile :
http://www.cce.ufsc.br/~nupill/literatura/sertoes.html

 

> La guerra del fin del mundo de Mario Vargas Llosa – 1981

Nettement plus digeste, le roman du péruvien Vargas Llosa est traduit en français et existe en poche. 



[1] Sertão : campagne aride de l’intérieur du Nordeste brésilien

Banco Palmas, l’histoire d’une banque pas comme les autres

samedi 20 octobre 2007 | k_Brasil - Nordeste


Atenção, muita atenção
Moradores desta área
Nós vamos falar pra todos
De uma prática libertária
Seu nome é Economia
Sobrenome: Solidária[1]


Oyez Oyez
Habitants du quartier
Nous allons parler à tous
D’une pratique libertaire
Son nom est Economie
Surnom : Solidaire

 

Conjunto dos Palmeiras. Un quartier pauvre de Fortaleza, né en 1973 sous la double pression de l’exode rural et des politiques de défavelisation du centre ville menées par les autorités municipales.

Aux débuts, les habitants manquaient de tout. En vingt ans de luttes (parfois violentes), l’association des habitants du quartier est parvenue à obtenir des autorités l’assainissement, l’eau courante, l’électricité, le goudronnage des rues, et la desserte du quartier par une ligne de bus. (À noter que ce sont les habitants eux-mêmes qui ont effectué les travaux d’assainissement.) Malgré l’amélioration patente des conditions de vie, la malnutrition persistaient et les revenus restaient maigres voir inexistants. Avec le soutien d’ONG et de diverses institutions, l’association des habitants a organisé plusieurs séminaires qui ont débouché en 1998 sur la création du Banco Palmas.

 

Le Banco Palmas n’est pas une banque mais un projet socio-économique. Dans un premier temps l’objectif est de valoriser l’existant en créant un réseau de solidarité entre producteurs et consommateurs. De plus une carte de crédit propre au quartier est mise en place, ainsi qu’un système de microcrédits pour ceux qui n’y ont pas accès habituellement.


 

O dinheiro estendo perto
É mais fácil de pegar
Por isso é muito importante
A gente valorizar
Os produtos e os serviços
Que existem no lugar
 


Quand l’argent est tout près
C’est plus facile de l’attraper
Voilà pourquoi c’est important
Pour nous de valoriser
Les produits et services
Qui existent dans la communauté

 

En 2000 est lancé le Palmas, la monnaie locale qui n’a cours que dans le quartier. En plus de donner une véritable visibilité au projet, le Palmas encourage les habitants à dépenser leur argent dans le quartier plutôt que dans les boutiques du centre ville, afin que le Conjunto dos Palmeiras ne soit plus un quelconque quartier périphérique de Fortaleza, mais un réel lieu de vie économique. La monnaie locale – ou monnaie sociale – agit comme un véritable stimulant de l’économie locale.

 

A sua circulação
Dentro da comunidade
É que vai gerar riquezas
Trazendo Prosperidade
Todo mundo cresce junto
Com justicia e igualdade

 
Sa circulation
Dans la communauté
Génère des richesses
Apportant la prospérité
On avance tous ensemble
Avec justice et égalité

 

« Nous acceptons les Palmas ! » L’affiche de la station service à l’entrée du Conjunto dos Palmeiras en dit long sur la portée du projet... Évidemment le chauffeur de bus connaît le Banco Palmas et nous dépose à l’entrée. (L’entrée est quasiment un lieu de vie en soi, et parions que le vigile a toujours avec qui bavarder.) À l’intérieur règne une tranquille agitation. Dans le doux brouhaha des imprimantes et des conversations, des gens sont en train d’assister à une formation tandis que d’autres sont en attente de services ou renseignements.

 

Nous sommes reçus par Mariana qui nous présente le Banco Palmas et les projets associés.

Après un rapide historique du quartier et du Banco Palmas, on visite les deux microentreprises : Palmalimpe qui fabrique des produits d’entretient et Palmfashion, un atelier de couture – qui fonctionne conjointement avec une école de couture et un bureau de stylisme. Il y a également un laboratoire phytothérapique destiné à la confection de cosmétiques bio.

Hormis ces structures physiquement visibles, on relève également :
- Un « incubateur » où les femmes en risque personnel ou social sont prises en charge.
- Un forum économique où se réunissent régulièrement les acteurs locaux et extérieurs, comme un espace de propositions et de dialogue sur les questions économiques et leurs impacts dans la communauté.
- Un laboratoire d’agriculture urbaine. L’objectif est d’encourager les familles à utiliser leurs terrains pour faire des potagers.
- Une structure de formation par apprentissage pour dynamiser le commerce et favoriser l’emploi dans le quartier. En parallèle, une école forme à la gestion d’entreprise solidaire.
- Un marché hebdomadaire pour les produits locaux

 
 

No Banco Comunitário
A vida é mais importante
O dinheiro não é preso
A riqueza é circulante
Gira na comunidade
Que caminha pra diante

 
Avec la banque communautaire
La vie est plus importante
L’argent n’est pas prisonnier
La richesse est circulante
Tourne dans la communauté
Qui va de l’avant

 

Au cours de la visite, on passe devant un local de confection d’instruments de musique. Initialement, le projet consistait modestement à former un bloco (ensemble de percussions) pour le carnaval. L’enthousiasme et l’émulation aidant, les cours de musique ont débordé sur la fabrication d’instruments...

Les projets appellent les projets, le virus de l’entreprenariat se propage et contamine petit à petit la communauté, attire les curieux et les personnes de bonne volonté qui ne manquaient que d’un lieu dynamique pour investir toute leur énergie créatrice.

Mariana insiste sur le fait que le Banco Palmas est un projet social bien plus que financier. « Avec la monnaie, ça n’est pas que de l’argent qui circule, mais aussi un idéal ».


 

No Banco Comunitário
A riqueza é do lugar
O Banco Capitalista
Leva o dinheiro pra lá
Diz que vai e volta logo
E adeus maracujá

 
Avec la banque communautaire
La richesse reste sur place
La banque capitaliste
S’en va avec le cash
Dit qu’il va et revient bientôt
Et macache pistache 

 

Au delà du développement socio-économique de la favela, les projets initiés ou catalysés par le Banco Palmas ont fortement contribué à changer l’image de la communauté. Dans les journaux, on ne parle plus seulement de la favela à propos de la violence, mais on évoque également les alternatives qui s’y développent. Mais surtout, le regard des autorités a changé. Cette année même, le Conjunto dos Palmeiras a été reconnu comme un quartier à part entière, et figurera bientôt sur la carte de la ville en tant que tel.

« Avant les gens avaient honte de dire qu’ils venaient du Conjunto dos Palmerias. Aujourd’hui ils en sont fiers ! »

 

Falando em economia
Nós vamos falar de banco
O Banco Capitalista
Que tá bom d’um solavanco
E o banco Comunitário
Que tá subindo o barranco

 
Si on parle économie
Nous allons parler de banque
La banque capitaliste
Qui trébuche et s’arrête
Et la banque communautaire
Qui prend du poil de la bête

 

Mariana nous offre un kit impressionnant de feuillets et dépliants sur le Banco Palmas, les activités développées et les projets en cours – on note que tous les documents sont récents, comme pour mieux nous convaincre du dynamisme ambiant.

Et malgré le travail déjà accompli, les acteurs du Banco Palmas ne comptent pas s’arrêter là.

Bien sûr, l’ambition est de poursuivre le développement des microentreprises dans le quartier et même au-delà – des quartiers alentours participent à certains projets.

Si les activités du Banco Palmas diffusent largement dans le quartier, elles sont loin de toucher les 32 000 habitants du Conjunto dos Palmerias. Mariana estime qu’il faut continuer le travail d’information et de sensibilisation des habitants, en continuant d’organiser des forums et des évènements, et en menant des campagnes (« Achète dans le quartier ! »). Banco Palmas édite même un journal distribué gratuitement dans chaque maison. Bref, tout ce qui peut contribuer à stimuler l’effervescence sera mis en œuvre.

 

Quando essa economia
Que vamos mostrar agora
É abraçada pelo povo
O lugar melhora
É grande novidade
Que já corre mundo afora

 
Quand cette économie
Que l’on va présenter maintenant
Est embrassée par les gens
Le lieu s’améliore
C’est la grande nouvelle
Qui courre déjà dehors

 

Le modèle intrigue, séduit et... finit par faire des émules. Un réseau vient de naître entre les communautés qui utilisent des monnaies sociales – une dizaine au Brésil. Banco Palmas propose également un appui à la création de banques communautaires et Mariana nous dit qu’une bonne partie de l’équipe est absente en ce moment car en train de dispenser des formations à Recife, Salavador, Vitória...

Des expériences à suivre !

 

 

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> La banque a un site: http://www.bancopalmas.org/site.php

Ne ratez pas la foto-novela !

(Sur le site, on trouve aussi un reportage de la chaîne de TV brésilienne Rede Globo)

 

> J’ai trouvé deux articles en français

Celui-ci (2004) : http://economiedistributive.free.fr/spip.php?article884

Et celui-là (2003) : http://www.voxdei.org/afficher_info.php?id=6780.74

 



[1] Extraits de Uma História Diferente, Cordel du forum d’art et culture du Banco Palmas. Qu’on me pardonne les traductions peu inspirées. (Apprécié dans le Nordeste du Brésil, le Cordel est un style de poésie populaire, édité en impressions rustiques.)

Au far-west, rien de nouveau

samedi 25 août 2007 | j_Brasil - Amazonia

Amazonie brésilienne. Rencontre avec Almir Narayamoga Surui, leader du peuple Paiter, en lutte pour la préservation de la forêt.

 

 

 

 

La première chose qui frappe en arrivant dans le Rondonia[1], ce sont les couchers de soleil d'un rouge rose intense ; même la Lune est étrange, en s'approchant de l'horizon elle prend une teinte orange, puis franchement rouge. On s'extasierait devant ce spectacle si l'on n'en connaissait la cause: les brûlis. Sur des centaines de kilomètres, la région est recouverte par une fumée diffuse, une sorte de smog sylvestre, le râle silencieux de la forêt qui agonise à petit feu.

Le Rondonia constitue un des principaux fronts pionniers de la forêt amazonienne au Brésil. D'abord victime des exploitants forestiers et des orpailleurs, elle est ensuite rasée par les forestiers pour laisser place à des champs et des pâturages.

 

Ce désastre écologique affecte gravement les populations indigènes de la région, particulièrement les communautés situées à la lisière de la forêt ou dans les îlots qu'il en reste comme autant de villages d’irréductibles gaulois. Car si les territoires indigènes sont théoriquement reconnus et protégées par l'état brésilien, leurs habitants continuent d'affronter, parfois au péril de leurs vies, bûcherons et orpailleurs qui pillent illégalement les ressources.

 

 

 

 

Le peuple Paiter[2] a eu son premier contact avec les blancs à la fin des années soixante. Contact pacifique, s'entend. Auparavant, ils avaient subi des massacres de la part des seringueiros (les collecteurs de latex) et avaient affronté les poseurs de la ligne du télégraphe. Mais ils n'ont rien pu faire contre construction de la route, le serpent géant qui avalait goulûment la forêt. Depuis, le serpent n'a cessé de grossir, et la déforestation progresse inexorablement suivant un schéma en arrête de poisson, le long de la route, justement.

Le contact pacifique a eu lieu avec la FUNAI[3] en 1969. Deux ans plus tard sont apparues les épidémies : grippe, tuberculose, rougeole… De 5000 personnes, la population Paiter est passée à 250 en quelques années à peine.

Les années quatre-vingt ont été marquées par l'émergence de mouvements sociaux et écologiques en Amazonie, et les peuples de la forêt (essentiellement les indiens et les seringueiros qui luttent désormais côte a côte) ont commencé à s'organiser, notamment à l'initiative de Chico Mendes[4]. Mais l'Alliance des Peuples de la Forêt ne survécu pas à son fondateur, et n'a été réactivée que très récemment.

 

Malgré la prise de conscience de la communauté internationale et des autorités brésiliennes en particulier, la situation est loin de s'améliorer: les enjeux liés à l'exploitation de la forêt et des sols pèsent lourd dans le développement économique du Brésil.

 

 

 

 

Le panneau qui marque l'entrée de la Réserve 7 de Setembro où habitent les Paiters a été arraché. C'est l'œuvre des bûcherons, commente Almir. Même sans panneau, la frontière saute aux yeux: d'un côté des champs, de l'autre la forêt. Quelques kilomètres avant la réserve, on passe devant une scierie familiale. Régulièrement, les bûcherons font des incursions nocturnes dans la réserve, et en extraient du bois illégalement. La police laisse faire. Dans les états de la région amazonienne, les indiens ne peuvent compter sur l'aide des autorités, les politiques locaux sont immanquablement liés aux lobbies responsables de la destruction de la forêt. Ivo Cassol, gouverneur du Rondonia, est le plus grand gestionnaire prive d'énergie hydroélectrique du nord du Bresil en plus d'être latifundiste, et Blairo Maggi, le gouverneur du Mato Grosso voisin, est le plus grand producteur individuel de soja au monde[5]. Quant a la presse locale, elle participe à diffuser une image négative des indiens – violents, analphabètes, alcooliques, fourbes… La FUNAI censée les protéger manque de moyens, et les indiens sont souvent livrés à eux-mêmes. L'année passée, 2 leaders Suruis et 9 Cinta-Larga de la réserve voisine ont été assassinés après avoir érigé des barrages contre les bûcherons. Il y a quelques mois, un millier de pionniers ont envahi une parcelle d'une réserve indigène dans le nord du Rondonia. La police ne les a toujours pas délogés.

 

 

 

 

Apres avoir été le premier membre de son clan à poursuivre des études supérieures, Almir s'est rapidement investi dans la lutte locale pour la préservation de la forêt et de la culture de son peuple.

Tout comme la déforestation, l'acculturation semble constituer un processus inexorable, difficile à maîtriser. Cela commence par l'introduction des vêtements (par la société bien pensante locale et les fonctionnaires –catholiques– de la FUNAI), la construction d'habitations modernes (la FUNAI estimant que les indiens seraient mieux loges ainsi, ce que ces derniers remettent aujourd'hui en question), l'introduction de l'éducation brésilienne[6], et surtout, l'arrivée des églises – la majeure partie des indiens Paiter sont désormais baptistes.

À travers la création d'une association indigène, Almir a joué un rôle essentiel pour faire prendre conscience aux siens que la culture Paiter était menacée et qu'il fallait la revaloriser. Décider de l'éducation propre, ainsi que des éléments de culture occidentale qu'on doit s'approprier ou non, voilà des sujets épineux et en débat perpétuel, mais essentiels.

Par ailleurs, Almir articule largement son combat autour de la préservation de l'environnement et s'efforce de fédérer les leaders des différentes communautés de la réserve autour de la résistance aux bûcherons. Ça n'est pas un travail facile, reconnaît-il, d'autant que la plupart du temps, les bûcherons agissent avec la complicité des indiens eux-mêmes (certains leaders gagnent environ 1.000 US$ par mois pour leur ouvrir les portes et fermer les yeux). Almir sait de quels indiens il s'agit, bien que ceux-ci se défendent de vendre la forêt. Néanmoins, certains ont avoué à demi mots avoir été menacés lorsqu'ils ont tenté de faire machine arrière.

 

 

 

 

Au delà de la lutte politique, Almir a initié de nombreux projets dans la réserve, notamment la création de pépinières et l'aménagement de capoeiras (couloirs de forêts déboisés en cours de reforestation), l'exploitation de plantations (café, bananes, riz, haricots, noix), mais aussi des projets d'artisanat. Il lui importe de valoriser les activités professionnelles potentielles pour son peuple, et tient à montrer la voie d'une exploitation durable de la forêt aux autres communautés.

Petit à petit, Almir est parvenu à s'assurer de nombreux soutiens, y compris à l'étranger – il a notamment voyagé aux Etats-Unis et en Europe et a récemment été nommé au poste de coordination de la COIABE[7] qui regroupe des organisations indigènes dans les neuf états brésiliens que couvre l'Amazonie[8].

Il va sans dire que sa renommée croissante lui a aussi attiré de nombreux ennemis. Il a reçu des menaces téléphoniques et depuis peu, sa tête est mise à prix pour 100.000 US$. Quand on le compare à Chico Mendes, Almir est flatté, mais il refuse le rôle de martyr. «Je ne veux pas être un héros mort, mais vivant. S'il faut devenir célèbre par la lutte, il faut l'être vivant, pas mort.»

 

 

 

 

Il serait illusoire de penser que la forêt et les peuples qui l'habitent se portent mieux au simple motif qu'on en parle. Rien n'a vraiment changé depuis les années quatre-vingt, depuis l'assassinat de Chico Mendes, depuis le soutien médiatisé de Sting aux indiens Kayapos. Au contraire la situation n'a fait qu'empirer depuis.

Aujourd'hui, 20% de la forêt brésilienne a disparu. Si le rythme de déforestation continue sur le taux record de 2004[9], on aura coupé le dernier arbre avant la fin du siècle.

En 2005 et 2006 on note tout de même une nette diminution des coupes –30% pour les deux années consécutives– pour la première fois depuis vingt ans. Le gouvernement brésilien assure que ce résultat est le fruit de sa récente politique de concessions[10]. Pour les militants écologistes, cette baisse est simplement due à l'épuisement de certains fronts pionniers, et c'est n'est qu'une question de temps pour que les forestiers se déplacent et en ouvrent de nouveaux ailleurs…

 

Si réel soit-il, le désastre écologique ne doit pas occulter la menace qui pèse sur les peuples indigènes. La préservation de la forêt passe impérativement par la reconnaissance effective de leurs droits et la défense de leurs cultures. Les deux luttes écologique et indigène sont indissociables, car si les indiens ont besoin de la forêt pour assurer leur propre existence, ils savent aussi démontrer qu'ils en sont les meilleurs gardiens.

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Sur cette carte officielle (reproduite sans aucune autorisation ici), on peut voir les zones sujettes aux brûlis – les zones les plus foncées étant les plus touchées. Une carte de meilleure résolution et interactive est consultable ici:

http://nationalgeographic.abril.com.br/ng/edicoes/82/reportagens/mt_mapa_200745.shtml

 

 

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Clau: muito obrigado pelas fotos!

 

 

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>> Parrainez un arbre!

 

Les projets ont un coût, et vous pouvez contribuer vous aussi. Pour parrainer un arbre, c'est simple et rapide: il suffit de remplir le formulaire sur le site de l'ONG suisse Aquaverde:

http://www.aquaverde.org

(Le paiement s'effectue au choix par virement, par cheque, ou par CB en ligne.)

Par ailleurs vous trouverez sur le site de nombreuses informations sur le peuple Paiter, en particulier sur les projets développés.

 

 

>> Wayanga

 

Emilie Barrucand est ethnologue et a vécu à plusieurs reprises parmi les indiens Mébéngôkre (Kayapo) du Mato Grosso. Elle raconte aujourd'hui son expérience et tire la sonnette d'alarme sur la situation dramatique des peuples indigènes d'Amazonie.

Emilie est par ailleurs une militante active, et est à l'initiative de rencontres interethniques dans le Mato Grosso.

Pour en savoir plus, et pourquoi pas, appuyer le projet:

- Visiter le site de l'association Wayanga: http://www.wayanga.org/

- Lisez le livre :

 

 

 

>> Un très bon reportage sur la situation du peuple Surui et la lutte d'Almir a été écrit par la revue américaine Smithsonian Magazine. Il est en ligne ici (en anglais):

http://www.smithsonianmag.com/issues/2007/march/amazon.php?page=1

Vous pouvez aussi le télécharger en pdf sur le site de l'ONG ACT:

 http://www.amazonteam.org/news.html

 

 

>> Enfin, ça n'est pas en lien direct avec ma note, mais je recommande chaudement la lecture de cet article du Monde Diplomatique:

 http://www.monde-diplomatique.fr/2007/06/HOLTZ_GIMENEZ/14846

Où comment on détruit la forêt vierge pour répondre à la demande occidentale en carburants «écologiques»…

Et puis ce texte qui vient de tomber à l'heure où je poste l'article:

http://fabrice-nicolino.com/biocarburants/

 



[1] Etat de l'Amazonie brésilienne qui se situe le long de la frontière bolivienne.

[2] Communément appelé Surui, suivant le nom reçu par les blancs. En arrivant, ceux-ci  s'étaient renseignés auprès de l'ethnie voisine, ennemie de toujours – Surui signifie ennemi dans la langue des voisins. Paiter est leur véritable nom, qui signifie gens véritables en langue Tupi-Mondé.

[3] Fondation Nationale de l'Indien. L'institution fédérale brésilienne a pour mission de démarquer et protéger les terres indigènes, et de défendre les communautés indigènes.

[4] Syndicaliste seringueiro assassiné en 1988. Sa lutte courageuse fut reconnue sur le plan international et l'écrivain chilien Luis Sepulveda lui a même dédié un roman (Le vieux qui lisait des romans d'amour). Pour en savoir un peu plus sur Chico Mendes, lire ce petit texte: http://www.solidarites.ch/journal/index.php3?action=6&id=18&rubr=10&start=120

Ou celui-ci, plus long et plus intéressant dans la mesure où il recontextualise les luttes socio-écologiques en Amazonie: http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article666

[5] En 2003, le New York Times a rapporté ses propos: «Pour moi, une augmentation de 40% de la déforestation ne signifie rien ; je ne ressens pas la moindre culpabilité pour ce que nous faisons ici. Nous parlons d'une superficie plus grande que celle de l'Europe entière et qui reste peu explorée. Il n'y a aucune raison de se préoccuper.» Le Mato Grosso affiche le plus fort taux de déforestation au Brésil. La forêt y est rasée pour planter du soja, justement, destinée à l'alimentation bovine (l'élevage étant la deuxième cause de déforestation), souvent à fins d'exportation (d’où le concept de « hamburger connexion »).

[6] Malgré les efforts de la part des autorités pour adapter l'éducation à la réalité indigène, l'école a tendance à détourner les jeunes indiens de la culture ancestrale, notamment dans la mesure où ils n'ont plus le temps de suivre l'éducation traditionnelle. Les savoirs et les traditions se perdent petit à petit et la culture se dévalorise aux yeux des nouvelles générations, irremediablement attirées vers les artifices de la civilisation blanche.

[7] Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne

[8] Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Maranhão, Pará, Rondonia, Roraima, Tocantins

[9] 27.000 km², soit la superficie de la Bretagne

[10] Ce projet fortement contesté par la plupart des mouvements écologistes (mais approuvé par Greenpeace) consiste à accorder des concessions privées afin de stopper l'exploitation illégale de la forêt. Au delà du débat idéologique sur la privatisation de la forêt, les critiques portent essentiellement sur la question du contrôle: comment l'état va-t-il s'assurer du respect des obligations environnementales par les entreprises forestières, alors que cette mesure est justement l'aveu de son impuissance sur le terrain?

Entretien avec un pajé déchu

mercredi 15 août 2007 | j_Brasil - Amazonia

Dans la maison d'Almir où je suis seul ce soir, un homme entre sans frapper et s'assied à côté de moi. Il s'agit de Perpera, l'ancien pajé[1] de la communauté.

Je lui propose un café, il me fait signe que oui… «Moins! Moins!» D'accord, ça sera un fond de verre.

Il me répète qu'il était pajé, qu'il guérissait les gens…

- Pourquoi est-ce que tu as arrêté?

Il fait un geste vague.

- Dieu… Les esprits…

Je comprends que l'église a quelque chose à voir. J'essaie d'en savoir plus, mais la communication est difficile. Le portugais de Perpera est encore pire que le mien et ses réponses sont floues.

- C'est toi qui as décidé d'arrêter ou bien c'est le pasteur qui te l'a demandé?

- …

- Pourquoi est-ce que tu as arrêté?

- J'étais très fatigué.

- Fatigué?...

- Beaucoup de travail. J'étais le seul pajé pour toutes les communautés. Beaucoup de travail, beaucoup de malades. Toujours courir… J'étais très fatigué alors j'ai arrêté.

- Alors, il n'y a plus de pajé ici, maintenant?

- Non. Aujourd'hui ce sont les blancs qui guérissent.

- …

- J'étais pajé. J'ai un livre. Je te le montre demain.

 

 

* * *

 

Peu convaincu par l'histoire de Perpera, je me renseigne auprès d'autres indiens.

- Pourquoi Perpera a-t-il arrêtée d'être pajé?

- Parce qu'il est devenu protestant, me répond-on sans détour.

- Comment ça s'est passé?

- Le pasteur lui a d'abord dit qu'il devait arrêter son travail à cause des esprits, mais Perpera a continué. Et il est tombé malade. Il a voulu se guérir lui-même, mais les esprits l'ont abandonné.

- Et qui l'a guéri?

- Dieu.

- …

- …

- Et maintenant, il n'y a plus de pajé chez les Paiters… Vous ne le regrettez pas?

- Fazer o que? C'est comme ça! Puisque les esprits sont partis…

Evidemment, si les esprits s'inclinent devant Dieu…

Tout de même, je serais curieux de savoir quel a été le travail psychologique du pasteur a l'origine de cette conversion miracle… Distiller la foi en insufflant la mauvaise conscience, la peur? Apres tout c'est son métier, non? Lui et ses petits camarades qui opèrent un peu partout en Amérique latine bénéficient en outre de l'effondrement de l'auto-estime des indiens pour eux-mêmes, de leur sentiment d'ignorance face a la culture toute puissante qui se présente a eux. Le terrain indien est favorable aux évangélisateurs: il leur suffit de s'engouffrer dans la brèche du doute qui habite déjà les esprits, et c'est toute la construction spirituelle qui s'écroule.

 

 

* * *

 

Le lendemain matin, je m'offre une belle frayeur au réveil: un homme apparaît soudain dans la cuisine, les bras le long du corps il me fixe, immobile. C'est Perpera qui est entré sans un bruit, silencieux comme le jaguar. Il émet un petit rire et me dit que j'ai crie comme une femme.

Il a apporté le fameux livre. Il s'agit d'une étude anthropologique réalisée ici même il y a une dizaine d'années.

- C'est le livre de Betty [l'anthropologue]… C'est moi, là!

Il me montre fièrement les photos où on le voit guider les cérémonies rituelles. À présent c'est un homme triste et fourbu que je vois devant moi…

Dix ans... Les photos semblent bien plus lointaines. Tant de choses ont change depuis. Les maisons, les vêtements…

- Qui c'est qui vous a habillé?

- Eux…

Il esquisse un geste désignant vaguement le lointain.

- Ils ne veulent pas nous voir nous promener nus.

Il me montre une photo de lui, prise sur Copacabana.

- J'ai été à Rio. Avec Betty. J'ai été à Rio.

 

Son regard s'éteint à nouveau, il regarde ailleurs.

 

- C'est Betty qui t'a donné le livre ?

- Oui. Betty.

- Elle ne vient plus travailler ici?

- Non. Elle est partie quand l'église est arrivée. Elle ne voulait plus travailler ici, et elle est partie.

 

On parle des chauve-souris qui virevoltent dans la maison, et il me dit qu'il est exactement le contraire d'elles. Il a besoin de lumière, il ne peut pas dormir dans le noir.

- Pourquoi?

- Je n'aime pas l'obscurité.

- À cause des esprits?

- À cause des esprits de la nuit. Ils tournent autour de moi, ils me prennent à la gorge, il m'étouffent. Il porte les mains à la gorge en guise de mime.

Apres une pause, il ajoute:
- Et puis j'ai mal derrière la tête, tout le temps. Et dans le dos aussi.

 

Avant de partir, il me vend un collier. Et puis il veut que je lui ramène un petit réveil comme le mien quand je reviendrai. Et aussi "un appareil pour enregistrer la voix", comme Betty avait.

 



[1] Le pajé –chaman dans d'autres régions– est celui qui guérit et communique avec les esprits.