Un an à parcourir l’Amérique du Sud, à la rencontre des peuples et des cultures, des luttes et des alternatives…
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> Costa do Sauípe – Du tourisme de luxe au développement local (Nordeste du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293616-costa-do-sauipe-tourisme-et-developpement-local/
> Indiens du nordeste – Visite aux indiens Karirí-Xocó et paroles d’indiens Truká – Lutte pour la terre et discrimination… (Nordeste du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293608-indiens-du-nordeste/
> Zumbi dos Palmares – L’histoire d’un ancien esclave devenu héro national au Brésil
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293598-zumbi-dos-palmares/
> Le Quilombo d’Acauã – À ancêtres esclaves, descendants indigents (Nordeste du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293595-le-quilombo-d-acaua/
> La guerre du Sertão – Ou l’histoire d’une insurrection aussi étrange que meurtrière (Nordeste du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293590-la-guerre-du-sertao/
> Banco Palmas, l’histoire d’une banque pas comme les autres – Une banque communautaire dans un quartier défavorisé, et des projets qui font déjà des émules… (Nordeste du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/293585-banco-palmas-l-histoire-d-une-banque-pas-comme-les-autres/
> Au far-west, rien de nouveau – Rencontre avec Almir Narayamoga Surui, leader du peuple Paiter, en lutte pour la reconnaissance de ses droits et la préservation de la forêt. (Amazonie brésilienne)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/245400-au-far-west-rien-de-nouveau/
> Entretien avec un pajé déchu – L’ancien shamane du peuple Paiter (Amazonie brésilienne)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/245397-entretien-avec-un-paje-dechu/
> La Révolution bolivarienne – Quid du Venezuela de Chavez ?...
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/244875-la-revolution-bolivarienne/
> Caracas, métropole latine (Venezuela)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/244857-caracas-metropole-latine/
> Ce qui se passe en Colombie – entre guérillas, paramilitarisme, narcotrafic, intervention américaine…
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/244498-ce-qui-se-passe-en-colombie/
> Pastos, indigènes de Colombie – Un peuple qui travaille l’harmonisation des deux cultures blanches et indiennes, et tente de dessiner une « carte de navigation » pour les générations futures… (Pasto, sud de la Colombie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/242802-pastos-indigenes-de-colombie/
> Pour une poignée de bananes – Pourquoi une république bananière s'appelle une république bananière ? (Equateur)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/229671-pour-une-poignee-de-bananes/
> LA UNITED FRUIT CO. – Un poème de Pablo Neruda sur la tristement célèbre compagnie fruitière nord-américaine
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/229676-la-united-fruit-co/
> Amazonie péruvienne – la Réserve nationale Pacaya Samiria – ou comment les populations locales travaillent durement à la préservation de la forêt et des écosystèmes. (Amazonie péruvienne)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/226230-amazonie-peruvienne-la-reserve-nationale-pacaya-samiria/
> Fitzcarraldo – Le personnage déjanté du film de W.Herzog qui se passait à Iquitos… (Amazonie péruvienne)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/222513-fitzcarraldo/
> Iquitos – La plus grande ville du continent qui ne soit pas relié par la route (Amazonie péruvienne)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/222512-iquitos/
> Descendre l’Amazone – Six jours de voyage pour relier Iquitos depuis Lima... Épique ! (Pérou)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/219134-descendre-l-amazone/
> Ama, Amazonas... – un peu d’histoire de l’Amazone…
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/219132-ama-amazonas/
> Huancavelica – Une facette moins connue du Pérou : la réalité rurale dans les Andes. Introduction aux problématiques du développement rural…
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/216137-huancavelica-un-autre-perou/
> Instants quechuas (Pérou)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/216139-instants-quechuas/
> Tourisme alternatif à Huancavelica – Pour qui cherche à découvrir le Pérou en dehors des sentiers battus
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/216149-tourisme-alternatif-a-huancavelica/
> Travail infantile dans les rues de Huancavelica (Pérou)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/216155-travail-infantile-dans-les-rues-de-huancavelica/
> Civilisations andines, des ruines et des histoires – Tawatinsuyo, La conquista, Le drame amérindien, Nos ancêtres les Incas & Des cités perdues... (Pérou)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/215755-civilisations-andines-des-ruines-et-des-histoires/
> En passant par les Andes… – En bus… (Bolivie – Pérou)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/215746-en-passant-par-les-andes/
> Pendant ce temps en Bolivie – Dans un pays indien en pleine mutation, ce qui se joue avec le projet de réforme de la constitution
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/198074-pendant-ce-temps-en-bolivie/
> Là où fut exposé le corps du Che… (Bolivie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/190844-la-ou-fut-expose-le-corps-du-che/
> Une montagne d'argent – Potosí : la plus fabuleuse mine d’argent de l’Histoire d’où les Espagnols ont extrait plus de 30 000 tonnes d’argent durant les trois siècles de colonisation. Ou l’histoire de la naissance du capitalisme… (Bolivie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/180975-une-montagne-d-39-argent/
> Au fond de la mine – Les fameuses mines de Potosí sont toujours en activité, dans des conditions de travail terribles (Bolivie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/180973-au-fond-de-la-mine/
> Une mer de sel – Un désert de sel à 3500m d’altitude (Bolivie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/178916-une-mer-de-sel/
> Sous un soleil de cuivre – Le Chili, le cuivre et les intérêts étrangers…
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/178436-sous-un-soleil-de-cuivre/
> Le Perito Moreno, monstre glacé – 350 km de détour pour aller voir un glacier, cela peut paraître idiot, et pourtant… (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/175563-le-perito-moreno-monstre-glace/
> Ushuaia – La ville « la plus australe du monde » (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/175162-ushuaia/
> Nationalisme au bout du monde – Il est frappant de constater combien le nationalisme s’exprime, et même s’exacerbe dans ces régions immenses et désertiques… (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/175163-nationalisme-au-bout-du-monde/
> Traverser la Patagonie… – En stop… (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/173564-traverser-la-patagonie/
> … Jusqu’au bout du monde (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/173565-jusqu-au-bout-du-monde/
> Mapuches – Un peuple en lutte pour sa culture et pour la terre. Quand les Indiens des Andes du sud en sont toujours à subir la conquête des espaces par les blancs… (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/172582-mapuches-un-peuple-en-lutte-pour-sa-culture-et-pour-la-terre/
> Du stop dans les Andes (Argentine, Patagonie)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/172580-du-stop-dans-les-andes/
> Les entreprises récupérées – ou l’autogestion ouvrière en pratique en Argentine.
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/169426-les-entreprises-recuperees/
> Hablas Portugnol?
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/169411-hablas-portugnol/
> Les piqueteros (Argentine)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/169408-les-piqueteros/
> L’Argentine… (Un peu d’histoire)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/160871-l-argentine/
> Les Mères de la place de Mai (Argentine)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/165636-les-meres-de-la-place-de-mai/
> Buenos Aires (Argentine)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/161519-buenos-aires/
> Histoires de mauvais voisinage entre Uruguay et Argentine
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/161495-histoires-de-mauvais-voisinage-entre-uruguay-et-argentine/
> La Comunidad del Sur ou l’anarchie en pratique – Fondée dans les années 50, la Comunidad del Sur est une expérience libertaire à l’histoire particulièrement mouvementée, marquée par un long exil en Suède sous la dictature, et ponctuée de nombreuses mutations. (Uruguay)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/160310-la-comunidad-del-sur-ou-l-anarchie-en-pratique/
> Montevideo (Uruguay)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/161453-montevideo/
> Les coopératives de logement – Ou la solidarité et l’autogestion en pratique depuis plus de trente ans en Uruguay
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/159012-les-cooperatives-de-logement/
> L’Uruguay… (Un peu d’histoire)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/154060-l-uruguay/
> Le rituel du Santo Daime – Un culte chrétien qui se danse sur des rythmes africains et se pratique sous l’influence d’une drogue d’origine chamanique… ou le syncrétisme religieux comme il n’existe qu’au Brésil ! (Sud du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/148714-le-rituel-du-santo-daime/
> Porto Alegre (Sud du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/144998-porto-alegre/
> Médecins des favelas (Sud du Brésil)
http://carnetsdameriquedusud.zeblog.com/145007-medecins-des-favelas/

Costa dos coqueiros, Bahia.
Au beau milieu de cette débauche tropicalo-capitaliste, le programme Costa do Sauípe a attiré notre attention, ou comment pratiquer le tourisme durable à travers la formation professionnelle, la valorisation de la culture locale et la production artisanale...
Nous avons rendez-vous avec Francis pour en savoir plus sur le projet.
Notre hôtesse, qui semble en savoir autant sur les questions environnementales que moi sur la haute couture, nous explique que le site est une réserve protégée. Ici on a un sens aigu de l’écologie, tenez par exemple : quand un paresseux s’aventure malencontreusement sur la route, on arrête le « trafic » et les pompiers du site interviennent pour sauver l’animal et le replacer dans son environnement naturel…
Ça sent de plus en plus la tarte à la crème. Bientôt on va nous expliquer que l’investissement social de l’entreprise consiste à embaucher des locaux pour laver les chambres et ramasser les balles de golf ?

Formée en tourisme, elle a effectué sa thèse de fin d’études sur les impacts socio-économiques du tourisme dans la région de Bahia avant de travailler pour Costa do Sauípe. Elle nous dresse un long panorama du contexte régional qu’elle semble maîtriser et des efforts déployés à Costa do Sauípe en terme de développement local – car les efforts sont réels et c’est là la bonne surprise.
Du développement touristique au développement local
Dans les années quatre vingt dix, la construction de la Linha verde (la route qui relie Salvador à Aracaju dans l’état de Sergipe), sort le littoral nord de Bahia de l’isolement. Le fort potentiel touristique de la région attire rapidement les promoteurs immobiliers et l’industrie du tourisme investit massivement sur la côte.
En quelques années à peine, Bahia devient une destination majeure du tourisme international, les complexes fleurissent tout au long du littoral.
C’est ainsi que le programme Berimbau voit le jour. Son objectif est pour le moins ambitieux : promouvoir le développement durable de la région, réduire les inégalités, créer des emplois localement et améliorer les conditions de vie des populations locales.
· Une coopérative d’artisanat
Un centre artisanal a été construit dans la ville voisine de Porto Sauípe, comprenant un atelier de confection et une boutique. La structure coopérative a aidé à stabiliser la production : l’artisanat est désormais une source de revenus stable, et non plus un moyen d’arrondir les fins de mois. Par ailleurs, la collaboration de stylistes a permis de perfectionner les techniques et diversifier les produits réalisés.

· Une coopérative de pêche
En plus de moderniser les méthodes de pêche (pour une meilleure sécurité et un meilleur rendement), son objectif est aussi de mieux maîtriser la chaîne de commercialisation du poisson.

· Une usine de recyclage des déchets
· Une école de production
· Des écoles

· Une coopérative agricole
On y développe des techniques innovantes comme la permacultura – ou production agro-écologique intégré et durable[2]. C’est un système de culture intégré suivant le principe d’écosystème pour une production moins gourmande en ressources – et en plus c’est mignon, non ?

Développement durable ?
Comme Francis le souligne pragmatiquement, le développement du tourisme était un processus en marche. Le défi consistait alors à en tirer profit afin de générer des opportunités pour les habitants de la région. Et sur ce plan, avouons que l’impact semble plutôt positif malgré les tâtonnements et les erreurs que Francis ne nous cache pas – et d’ailleurs le développement est un travail nécessairement itératif et sans fin.
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Écrit en collaboration avec Élise qui m’a accompagné durant un joli bout de route.
[1] Au Brésil, il est courant de voir des projets culturels, sociaux, environnementaux financés par les fondations philanthropiques d’entreprise qui le sont moins – sur le principe de la main qui lave l’autre. Largement en tête on trouve les fondations du Banco do Brasil et de la Petrobras...
[2] Pour en savoir plus sur cette technique durable made in Australia, faire un tour sur Wikipedia (en english) http://en.wikipedia.org/wiki/Permaculture
Visite aux indiens Karirí-Xocó et paroles d’indiens Truká
Le Nordeste du Brésil compte environ 80 000 indiens répartis dans une quarantaine de nations indigènes. Comme leurs cousins d’Amazonie et des Andes ils luttent pour conserver ou récupérer leurs terres, parfois au péril de leur vie. Ils souffrent également de discrimination du fait d’être indien... ou au contraire ne pas l’être « véritablement » !
Pour les peuples indiens du nordeste brésilien, les premiers contacts avec l’homme blanc remonte à cinq siècles puisque c’est dans cette région que se sont établis les Portugais après la « découverte » du Brésil. Rien d’étonnant donc, à rencontrer des indiens métissés de noir et de blanc qui ne sont pas l’exacte représentation du cliché indien avec les cheveux lisses et les yeux en amandes – certains ont même les yeux clairs ou les cheveux blonds.
« Ici, c’est tous pour un, un pour tous. Là-bas, en ville, tu te débrouilles, personne n’est de ta famille, personne n’a de lien de famille avec toi. Si tu dis que tu es indien là-bas, tu vas au devant de problèmes et de discrimination. Avec mon cousin, ça s’est passé comme ça :
– Tu n’es pas indien !
– Pourquoi je ne le suis pas ?
– Parce que non ! Je n’ai jamais vu des indiens blancs ! »
Rodrigo
[Ce texte comme tous ceux qui suivent est extrait du livre « Les indiens par le regard des indiens – Truká, nation indigène du Nordeste brésilien », édité grâce au soutien de l’ONG THYDÊWÁ. Le peuple Truká est distinct du peuple Karirí-Xocó auquel nous avons rendu visite, mais les témoignages éclairent une même réalité.]

Chez les Karirís-Xocós
« La professeur chante toujours « joyeux anniversaire » pour les élèves qui fêtent leur anniversaire et pour moi, elle n’a pas chanté. Un copain a demandé pourquoi elle a refusé de chanter, et elle a répondu que c’était parce que j’étais indien.
Cette professeur se plaint tous les jours parce qu’elle occupait des terres de notre aire et qu’elle les a perdues. »
Elson
« Il y en avait un qui me prenait par les cheveux, l’autre qui essayait de mettre les menottes et l’autre qui me frappait. Quand ils nous voyaient, ils nous battaient. Ils nous marchaient dessus comme si on était des bêtes. Ils menaçaient tout le monde avec leurs armes mais les indiens peu à peu sont arrivés... »
« L’île de Bambuzinho est devenue une terre difficile à récupérer à cause de ces contacts avec les hommes politiques. Jusqu’à aujourd’hui ils nous menacent. »
« Le problème c’est que alors que nous sommes propriétaires de la terre, nous sommes considérés comme des voleurs ! »
« L’indien ne veut pas de richesse, il ne veut écraser personne, il veut la paix. »
Dena, chef du village Truká, assassiné en 2005

Pour Ayrá qui nous accueille, être indien c’est survivre, lutter. « La construction identitaire se bâtit dans l’adversité. » Être indien, c’est aussi récupérer le mode de vie tourné vers la terre, et exercer les activités millénaires – la chasse, la pêche, la culture et l’artisanat[4].

Alors nous avons occupé un terrain et je suis allé à Brasilia pour en rendre compte. En 1995 j’ai fait la deuxième occupation. Il y a un jour où j’ai reçu huit voitures de police, même le bataillon spécial de la police militaire est venu ici. Moi je n’allais pas mesurer nos forces avec eux, alors, j’ai pris mes maracas, je les ai secoués et j’ai fait danser le Toré [danse traditionnelle] à tout le monde. Le soleil était chaud et j’ai dit : on va faire courir ces policiers avec de la poussière, avec de la terre ! J’étais avec 172 familles, tous ont dansé le Toré pendant douze heures, jusqu’à ce que les policiers se fatiguent avec la poussière et s’en aillent. Qui n’a pas l’habitude de la terre ne lutte pas avec elle ! Le prêtre m’avait dit que dans l’île, il n’y avait pas d’indiens ! Un jour, j’ai regroupé tous les indiens, on a fait une file, on est venu dans la rue et quand nous sommes arrivés à l’église, le prêtre a été surpris ! Je suis entré dans l’église et tous les indiens m’ont accompagnée, on a fait une ronde et on a dansé notre Toré. Quand on a fini, on a dit au prêtre qu’il pouvait continuer la messe. Il était tout tremblant... On a visité toutes les églises de Cabrobó, on est allé sur la place, on a dansé et plus personne ne nous a jamais embêté. Ici, nous avons beaucoup souffert, mais grâce à Tupã [divinité indienne], aujourd’hui nous avons un lieu où habiter. »
Maria de Lurdes Crilo dos Santos

Pajé du peuple Kariri Xoco
Rencontre avec le pajé du peuple Karirí-Xocó
Le pajé est l’autorité spirituelle du peuple. Il souligne que si le cacique (chef) est le chef politique de la nation Karirí-Xocó, dans la forêt c’est lui le pajé qui commande. Son rôle est très important car c’est lui qui entretient et transmet la culture indienne à travers la spiritualité et la religion. « Le travail est difficile aujourd’hui car il faut d’abord débarrasser leur esprit de la télévision, de la musique, etc... » Mais le pajé est fier de préciser que les Karirís-Xocós est un des rares peuples où tout le monde va encore au rituel.
On aimerait en savoir plus, et notamment comment les indiens concilient leur religion ancestrale avec la religion catholique mais il ne tient pas à s’étendre – et d’ailleurs l’accès au rituel est strictement interdit aux étrangers. Il nous dit simplement que « le dieu catholique est le chef général des choses... Et pour la compatibilité ce sont les indiens qui s’arrangent. »
Lorsque les Jésuites ont catéchisé les indiens du Brésil, beaucoup de peuples ont perdu leurs « origines ». D’autres non car ils ont fui. D’autres encore faisaient mine de se soumettre à la nouvelle religion mais continuaient de pratiquer la leur. Le pajé rie en nous racontant comment les indiens trompaient les Jésuites : ils leur disaient qu’ils partaient chasser pour quelques jours et en profitaient pour pratiquer leurs rituels une fois dans la forêt.
Issor Truká - Cacique
Pour les Karirí-Xocó, savoir utiliser internet est essentiel pour s’adapter au monde contemporain, « non pour cesser d’être indigènes, mais pour continuer à l’être. » Ce nouvel outil permet de communiquer avec les autres peuples, de partager les expériences et même faire des réunions « on-line » ! C’est en outre l’occasion de se faire mieux connaître des institutions et des voisins de la ville, lutter contre les préjugés et la discrimination gagner le respect.
Un grand pas vers la reconnaissance de la citoyenneté indigène.

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« Aujourd’hui, nous indiens, nous ne voulons que 12% de notre territoire, comme les blancs l’ont déterminé dans la Constitution. Mais c’est une honte que de tout le territoire national, nous en ayons que moins de 0,2% de reconnu et délimité. Et le peuple traite encore l’indien de violent et de criminel. »
Issor Truká - Cacique
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Les photos publiées pour cet article sont de Ardaga do CLUBE MARIA BONITA - Lençóis - sauf la dernière photo, copiée depuis le site indios-online.
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Sur la toile, en français
> http://www.reseau-relacs.org/thydewa/thyd.htm
> www.indiosonline.org.br/paix
[1] Le choix du mot « activité » plutôt que « travail » n’est pas fortuit. À la vision occidentale du travail qui consiste à vendre sa force de travail contre un salaire, les indiens préfèrent y voir une activité répondant à un besoin – souvent collectif.
[2] En décembre 2006, le ministère de la justice a homologué 4 419 ha de terre qui sont actuellement en démarcation. Jusqu’ici, les 2500 habitants du village doivent se contenter de 700 ha.
[3] La constitution de 1988 reconnaît un statut particulier aux indiens, ainsi que le droit à la terre. Dans les faits, les récupérations des terres spoliées sont très récentes et sont encore loin de satisfaire aux exigences des indiens. On saluera au passage le travail précieux de Gilberto Gil (Ministre de la culture) en terme de reconnaissance et de valorisation des cultures minoritaires et populaires.
[4] L’artisanat chez les indiens n’est pas apparu pour les besoins du tourisme (au demeurant très localisé). Historiquement les indiens ont toujours confectionné divers objets d’artisanat (bijoux, poteries, tissus, etc.) comme mode d’expression artistique quand il ne s’agissait pas d’en faire une monnaie de troc.
De tous les quilombos, le plus fameux fut le Quilombo dos Palmares (des palmiers). Il s’étendait sur 250km, compta jusqu’à 30 000 habitants et réussit à tenir tête aux autorités coloniales pendant près d’un siècle.

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– Et pourquoi qu’ils sont venus ici ? interrogea
Balduino, déjà intéressé.
– C’est les blancs qui venaient les chercher. Ils leur
racontaient des menteries. Nègre était bête, il avait jamais vu l’homme blanc.
L’homme blanc n’avait plus l’œil de la piété. Il voulait seulement l’argent et
il prenait les nègres pour en faire des esclaves. Il les emmenait à coups de
trique. Ça s’est passé comme ça pour Zumbi. Mais lui il était courageux et il
en savait plus que les autres. Un beau jour il a fui, avec d’autres nègres, et
il est redevenu libre, comme dans son pays. Alors un tas de nègres l’ont suivi.
Ils ont fait une grande ville de nègres. Alors les blancs ont envoyé des
soldats pour les tuer. Mais les soldats ont reçu la pile. Et puis d’autres
soldats sont venus. Les nègres tenaient toujours bon...
Antonio Balduino ouvrait de grands yeux. Tout son corps
tremblait d’enthousiasme.
– Alors on a envoyé des soldats en pagaïe, mille fois
plus de soldats qu’il y en avait de nègres. Mais les nègres voulaient pas
redevenir esclaves, et quand il a vu qu’ils étaient foutus, Zumbi, pour ne plus
jamais recevoir la trique de l’homme blanc, il s’est jeté du haut d’un morne[1]. Et tous les nègres
ont sauté avec lui... Zumbi des palmiers était un nègre bon et brave.
Antonio Blduino, ce jour-là, trouva un ami pour combler
dans son cœur le vide laissé par sa tante. À dater de ce jour Zumbi des palmiers
devint son héro préféré. »
À ancêtres esclaves, descendants indigents

Le quilombo d’Acauã dans l’état du Rio Grande do Norte connaît une situation particulièrement précaire. Les quelques cinquante familles qui y vivent peinent à satisfaire aux nécessités élémentaires (alimentation, santé, éducation...). L’économie est basique et repose sur l’élevage, l’agriculture de subsistance (maïs, haricots, riz) et la fabrication de la farinha (la farine de manioc).

Alors qu’elle se concentre actuellement sur 4 ha, la communauté est en passe de récupérer 55 ha de terre qui lui avaient été « légalement » volées au cours de son histoire par les latifundistes locaux. (Les 55 ha étant peu au regard des 900 ha qu’occupait autrefois la communauté.) Le Nordeste du Brésil connaît des inégalités très fortes que perpétue et accentue la culture du colonelisme. Les Colonels étaient généralement des latifundistes qui concentraient localement les pouvoirs économique, politique et social. Si les temps ont changé, la concentration des pouvoirs et l’arbitraire sont toujours une réalité ici plus qu’ailleurs. Des communautés isolées et démunies continuent de voir leurs terres spoliées par les grands propriétaires et les promoteurs, suivant des procédés peu orthodoxes (menaces et meurtres sont pratiques courantes)... Les autorités locales et régionales se sont toujours faites les complices de l’injustice et de l’arbitraire en fermant les yeux quand elles n’intervenaient pas directement, aujourd’hui encore elles rechignent souvent à redistribuer l’argent que l’état fédéral alloue aux populations exclues.

Dans le cas du quilombo d’Acauã, une étude antropologique a permis de reconnaître l’identité quilombola de la communauté, ainsi qu’une partie des terres volées.
La communauté manquait alors de tout, et n’était même pas reconnue officiellement comme une communauté quilombola. La première étape consista à créer une association des habitants comme structure légale autour de laquelle allait pouvoir s’articuler le travail. Cette première tentative fut un échec, mais avec quelques membres de la communauté l’ONG persévéra et une nouvelle association fut créée. C’est celle-là qui a permis de mener à bien le travail de récupération des terres.

L’ONG travaille à l’amélioration de la qualité de vie dans la communauté, et encourage le processus récent de récupération identitaire. (Si la communauté est restée très traditionnelle, le sentiment identitaire n’en est pas moins ténu, comme une mémoire collective enfouie ou disparue qu’on l’on tente peu à peu de reconstituer.)

On note qu’une majorité de femmes participent à la réunion. Jair dit que certaines sont de plus en plus reconnues comme leaders politiques dans la communauté. Dans les projets de développement les femmes sont en général des actrices locales de choix. Souvent au foyer, elles disposent de plus de temps libre que leurs maris. En outre elles ont moins tendance à dilapider les éventuels budgets dans la bière et font preuve d’un sens plus aigu des responsabilités.

À l’ordre du jour : l’occupation des terres en cours de récupération. C’est l’occasion de rappeler les devoirs de chacun et ce qu’il ne faut pas faire. Untel a coupé un arbre, ce qui peut être un délit environnemental au Brésil, il est donc normal qu’il soit sous le coup de la justice aujourd’hui.
Il y a un an, Luciano a rejoint la petite équipe de la NEB. Avocat fraîchement diplômé, il apporte à la communauté l’assistance juridique qui lui faisait défaut. Comme l’explique Luciano, les populations défavorisées sont exclues du système juridique et la plupart ne connaissent même pas leurs droits. Au-delà de la question purement juridique, informer sur les droits et les devoirs participe à éveiller l’esprit citoyen des habitants du quilombo.

Jair en compagnie des enfants du quilombo

Pour servir son action pédagogique, la NEB a créé une monnaie communautaire destinée à récompenser les travaux collectifs comme la garde des enfants, l’entretien du local de l’association ou la récolte des ordures. Avec cette monnaie on peut acheter les dons que l’ONG a récupérés : des habits, des ustensiles domestiques et des livres. Il va sans dire que les livres ne sont pas très prisés alors que beaucoup sont analphabètes. Jair ne manque jamais de rappeler que ceux qui savent lire doivent enseigner aux autres.

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Toutes les photos de cet articles sont signées de Jair et Olivan de la NEB
[1] La constitution de 1988 reconnaît un statut particulier aux communautés quilombolas. 743 sont effectivement reconnues et on compte 252 procédures de reconnaissance en cours.
Ou l’histoire d’une insurrection aussi étrange que meurtrière.
La troupe finit par s’établir à Canudos, une fazenda dont elle prend purement possession. Les illuminés cessent de faire sourire, d’autant qu’ils refusent de se soumettre à l’autorité de la république nouvellement proclamée. La république des maçons et des protestants ne fait qu’accabler le peuple par l’impôt, et pire encore, prétend consacrer le mariage civil et séparer l’état de l’église... On affirme même que la république compte rétablir l’esclavage aboli quelques années plus tôt par le regretté empereur. C’est le règne de l’Antéchrist qui s’annonce...

Canudos dans la littérature...
> Os Sertões de Euclides da Cunha – 1902
Un monument de la littérature brésilienne. Plus qu’un roman, c’est un ouvrage de sociologie, de géographie et d’histoire.
http://www.cce.ufsc.br/~nupill/literatura/sertoes.html
> La guerra del fin del mundo de Mario Vargas Llosa – 1981
Nettement plus digeste, le roman du péruvien Vargas Llosa est traduit en français et existe en poche.
Atenção, muita atenção
Moradores desta área
Nós vamos falar pra todos
De uma prática libertária
Seu nome é Economia
Sobrenome: Solidária[1]
Oyez Oyez
Habitants du quartier
Nous allons parler à tous
D’une pratique libertaire
Son nom est Economie
Surnom : Solidaire
Conjunto dos Palmeiras. Un quartier pauvre de Fortaleza, né en 1973 sous la double pression de l’exode rural et des politiques de défavelisation du centre ville menées par les autorités municipales.
Aux débuts, les habitants manquaient de tout. En vingt ans de luttes (parfois violentes), l’association des habitants du quartier est parvenue à obtenir des autorités l’assainissement, l’eau courante, l’électricité, le goudronnage des rues, et la desserte du quartier par une ligne de bus. (À noter que ce sont les habitants eux-mêmes qui ont effectué les travaux d’assainissement.) Malgré l’amélioration patente des conditions de vie, la malnutrition persistaient et les revenus restaient maigres voir inexistants. Avec le soutien d’ONG et de diverses institutions, l’association des habitants a organisé plusieurs séminaires qui ont débouché en 1998 sur la création du Banco Palmas.
Le Banco Palmas n’est pas une banque mais un projet socio-économique. Dans un premier temps l’objectif est de valoriser l’existant en créant un réseau de solidarité entre producteurs et consommateurs. De plus une carte de crédit propre au quartier est mise en place, ainsi qu’un système de microcrédits pour ceux qui n’y ont pas accès habituellement.
O dinheiro estendo perto
É mais fácil de pegar
Por isso é muito importante
A gente valorizar
Os produtos e os serviços
Que existem no lugar
Quand l’argent est tout près
C’est plus facile de l’attraper
Voilà pourquoi c’est important
Pour nous de valoriser
Les produits et services
Qui existent dans la communauté
A sua circulação
Dentro da comunidade
É que vai gerar riquezas
Trazendo Prosperidade
Todo mundo cresce junto
Com justicia e igualdade
Sa circulation
Dans la communauté
Génère des richesses
Apportant la prospérité
On avance tous ensemble
Avec justice et égalité
Nous sommes reçus par Mariana qui nous présente le Banco Palmas et les projets associés.
- Un « incubateur » où les femmes en risque personnel ou social sont prises en charge.
- Un forum économique où se réunissent régulièrement les acteurs locaux et extérieurs, comme un espace de propositions et de dialogue sur les questions économiques et leurs impacts dans la communauté.
- Un laboratoire d’agriculture urbaine. L’objectif est d’encourager les familles à utiliser leurs terrains pour faire des potagers.
- Une structure de formation par apprentissage pour dynamiser le commerce et favoriser l’emploi dans le quartier. En parallèle, une école forme à la gestion d’entreprise solidaire.
- Un marché hebdomadaire pour les produits locaux
No Banco Comunitário
A vida é mais importante
O dinheiro não é preso
A riqueza é circulante
Gira na comunidade
Que caminha pra diante
Avec la banque communautaire
La vie est plus importante
L’argent n’est pas prisonnier
La richesse est circulante
Tourne dans la communauté
Qui va de l’avant
Les projets appellent les projets, le virus de l’entreprenariat se propage et contamine petit à petit la communauté, attire les curieux et les personnes de bonne volonté qui ne manquaient que d’un lieu dynamique pour investir toute leur énergie créatrice.
No Banco Comunitário
A riqueza é do lugar
O Banco Capitalista
Leva o dinheiro pra lá
Diz que vai e volta logo
E adeus maracujá
Avec la banque communautaire
La richesse reste sur place
La banque capitaliste
S’en va avec le cash
Dit qu’il va et revient bientôt
Et macache pistache
« Avant les gens avaient honte de dire qu’ils venaient du Conjunto dos Palmerias. Aujourd’hui ils en sont fiers ! »
Falando em economia
Nós vamos falar de banco
O Banco Capitalista
Que tá bom d’um solavanco
E o banco Comunitário
Que tá subindo o barranco
Si on parle économie
Nous allons parler de banque
La banque capitaliste
Qui trébuche et s’arrête
Et la banque communautaire
Qui prend du poil de la bête
Si les activités du Banco Palmas diffusent largement dans le quartier, elles sont loin de toucher les 32 000 habitants du Conjunto dos Palmerias. Mariana estime qu’il faut continuer le travail d’information et de sensibilisation des habitants, en continuant d’organiser des forums et des évènements, et en menant des campagnes (« Achète dans le quartier ! »). Banco Palmas édite même un journal distribué gratuitement dans chaque maison. Bref, tout ce qui peut contribuer à stimuler l’effervescence sera mis en œuvre.
Quando essa economia
Que vamos mostrar agora
É abraçada pelo povo
O lugar melhora
É grande novidade
Que já corre mundo afora
Quand cette économie
Que l’on va présenter maintenant
Est embrassée par les gens
Le lieu s’améliore
C’est la grande nouvelle
Qui courre déjà dehors

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> La banque a un site: http://www.bancopalmas.org/site.php
Ne ratez pas la foto-novela !
(Sur le site, on trouve aussi un reportage de la chaîne de TV brésilienne Rede Globo)
> J’ai trouvé deux articles en français
Celui-ci (2004) : http://economiedistributive.free.fr/spip.php?article884
Et celui-là (2003) : http://www.voxdei.org/afficher_info.php?id=6780.74
[1] Extraits de Uma História Diferente, Cordel du forum d’art et culture du Banco Palmas. Qu’on me pardonne les traductions peu inspirées. (Apprécié dans le Nordeste du Brésil, le Cordel est un style de poésie populaire, édité en impressions rustiques.)
Amazonie brésilienne. Rencontre avec Almir Narayamoga Surui, leader du peuple Paiter, en lutte pour la préservation de la forêt.

La première chose qui frappe en arrivant dans le Rondonia[1], ce sont les couchers de soleil d'un rouge rose intense ; même la Lune est étrange, en s'approchant de l'horizon elle prend une teinte orange, puis franchement rouge. On s'extasierait devant ce spectacle si l'on n'en connaissait la cause: les brûlis. Sur des centaines de kilomètres, la région est recouverte par une fumée diffuse, une sorte de smog sylvestre, le râle silencieux de la forêt qui agonise à petit feu.
Le Rondonia constitue un des principaux fronts pionniers de la forêt amazonienne au Brésil. D'abord victime des exploitants forestiers et des orpailleurs, elle est ensuite rasée par les forestiers pour laisser place à des champs et des pâturages.
Ce désastre écologique affecte gravement les populations indigènes de la région, particulièrement les communautés situées à la lisière de la forêt ou dans les îlots qu'il en reste comme autant de villages d’irréductibles gaulois. Car si les territoires indigènes sont théoriquement reconnus et protégées par l'état brésilien, leurs habitants continuent d'affronter, parfois au péril de leurs vies, bûcherons et orpailleurs qui pillent illégalement les ressources.

Le peuple Paiter[2] a eu son premier contact avec les blancs à la fin des années soixante. Contact pacifique, s'entend. Auparavant, ils avaient subi des massacres de la part des seringueiros (les collecteurs de latex) et avaient affronté les poseurs de la ligne du télégraphe. Mais ils n'ont rien pu faire contre construction de la route, le serpent géant qui avalait goulûment la forêt. Depuis, le serpent n'a cessé de grossir, et la déforestation progresse inexorablement suivant un schéma en arrête de poisson, le long de la route, justement.
Le contact pacifique a eu lieu avec la FUNAI[3] en 1969. Deux ans plus tard sont apparues les épidémies : grippe, tuberculose, rougeole… De 5000 personnes, la population Paiter est passée à 250 en quelques années à peine.
Les années quatre-vingt ont été marquées par l'émergence de mouvements sociaux et écologiques en Amazonie, et les peuples de la forêt (essentiellement les indiens et les seringueiros qui luttent désormais côte a côte) ont commencé à s'organiser, notamment à l'initiative de Chico Mendes[4]. Mais l'Alliance des Peuples de la Forêt ne survécu pas à son fondateur, et n'a été réactivée que très récemment.
Malgré la prise de conscience de la communauté internationale et des autorités brésiliennes en particulier, la situation est loin de s'améliorer: les enjeux liés à l'exploitation de la forêt et des sols pèsent lourd dans le développement économique du Brésil.

Le panneau qui marque l'entrée de la Réserve 7 de Setembro où habitent les Paiters a été arraché. C'est l'œuvre des bûcherons, commente Almir. Même sans panneau, la frontière saute aux yeux: d'un côté des champs, de l'autre la forêt. Quelques kilomètres avant la réserve, on passe devant une scierie familiale. Régulièrement, les bûcherons font des incursions nocturnes dans la réserve, et en extraient du bois illégalement. La police laisse faire. Dans les états de la région amazonienne, les indiens ne peuvent compter sur l'aide des autorités, les politiques locaux sont immanquablement liés aux lobbies responsables de la destruction de la forêt. Ivo Cassol, gouverneur du Rondonia, est le plus grand gestionnaire prive d'énergie hydroélectrique du nord du Bresil en plus d'être latifundiste, et Blairo Maggi, le gouverneur du Mato Grosso voisin, est le plus grand producteur individuel de soja au monde[5]. Quant a la presse locale, elle participe à diffuser une image négative des indiens – violents, analphabètes, alcooliques, fourbes… La FUNAI censée les protéger manque de moyens, et les indiens sont souvent livrés à eux-mêmes. L'année passée, 2 leaders Suruis et 9 Cinta-Larga de la réserve voisine ont été assassinés après avoir érigé des barrages contre les bûcherons. Il y a quelques mois, un millier de pionniers ont envahi une parcelle d'une réserve indigène dans le nord du Rondonia. La police ne les a toujours pas délogés.

Apres avoir été le premier membre de son clan à poursuivre des études supérieures, Almir s'est rapidement investi dans la lutte locale pour la préservation de la forêt et de la culture de son peuple.
Tout comme la déforestation, l'acculturation semble constituer un processus inexorable, difficile à maîtriser. Cela commence par l'introduction des vêtements (par la société bien pensante locale et les fonctionnaires –catholiques– de la FUNAI), la construction d'habitations modernes (la FUNAI estimant que les indiens seraient mieux loges ainsi, ce que ces derniers remettent aujourd'hui en question), l'introduction de l'éducation brésilienne[6], et surtout, l'arrivée des églises – la majeure partie des indiens Paiter sont désormais baptistes.
À travers la création d'une association indigène, Almir a joué un rôle essentiel pour faire prendre conscience aux siens que la culture Paiter était menacée et qu'il fallait la revaloriser. Décider de l'éducation propre, ainsi que des éléments de culture occidentale qu'on doit s'approprier ou non, voilà des sujets épineux et en débat perpétuel, mais essentiels.
Par ailleurs, Almir articule largement son combat autour de la préservation de l'environnement et s'efforce de fédérer les leaders des différentes communautés de la réserve autour de la résistance aux bûcherons. Ça n'est pas un travail facile, reconnaît-il, d'autant que la plupart du temps, les bûcherons agissent avec la complicité des indiens eux-mêmes (certains leaders gagnent environ 1.000 US$ par mois pour leur ouvrir les portes et fermer les yeux). Almir sait de quels indiens il s'agit, bien que ceux-ci se défendent de vendre la forêt. Néanmoins, certains ont avoué à demi mots avoir été menacés lorsqu'ils ont tenté de faire machine arrière.

Au delà de la lutte politique, Almir a initié de nombreux projets dans la réserve, notamment la création de pépinières et l'aménagement de capoeiras (couloirs de forêts déboisés en cours de reforestation), l'exploitation de plantations (café, bananes, riz, haricots, noix), mais aussi des projets d'artisanat. Il lui importe de valoriser les activités professionnelles potentielles pour son peuple, et tient à montrer la voie d'une exploitation durable de la forêt aux autres communautés.
Petit à petit, Almir est parvenu à s'assurer de nombreux soutiens, y compris à l'étranger – il a notamment voyagé aux Etats-Unis et en Europe et a récemment été nommé au poste de coordination de la COIABE[7] qui regroupe des organisations indigènes dans les neuf états brésiliens que couvre l'Amazonie[8].
Il va sans dire que sa renommée croissante lui a aussi attiré de nombreux ennemis. Il a reçu des menaces téléphoniques et depuis peu, sa tête est mise à prix pour 100.000 US$. Quand on le compare à Chico Mendes, Almir est flatté, mais il refuse le rôle de martyr. «Je ne veux pas être un héros mort, mais vivant. S'il faut devenir célèbre par la lutte, il faut l'être vivant, pas mort.»

Il serait illusoire de penser que la forêt et les peuples qui l'habitent se portent mieux au simple motif qu'on en parle. Rien n'a vraiment changé depuis les années quatre-vingt, depuis l'assassinat de Chico Mendes, depuis le soutien médiatisé de Sting aux indiens Kayapos. Au contraire la situation n'a fait qu'empirer depuis.
Aujourd'hui, 20% de la forêt brésilienne a disparu. Si le rythme de déforestation continue sur le taux record de 2004[9], on aura coupé le dernier arbre avant la fin du siècle.
En 2005 et 2006 on note tout de même une nette diminution des coupes –30% pour les deux années consécutives– pour la première fois depuis vingt ans. Le gouvernement brésilien assure que ce résultat est le fruit de sa récente politique de concessions[10]. Pour les militants écologistes, cette baisse est simplement due à l'épuisement de certains fronts pionniers, et c'est n'est qu'une question de temps pour que les forestiers se déplacent et en ouvrent de nouveaux ailleurs…
Si réel soit-il, le désastre écologique ne doit pas occulter la menace qui pèse sur les peuples indigènes. La préservation de la forêt passe impérativement par la reconnaissance effective de leurs droits et la défense de leurs cultures. Les deux luttes écologique et indigène sont indissociables, car si les indiens ont besoin de la forêt pour assurer leur propre existence, ils savent aussi démontrer qu'ils en sont les meilleurs gardiens.
***

Sur cette carte officielle (reproduite sans aucune autorisation ici), on peut voir les zones sujettes aux brûlis – les zones les plus foncées étant les plus touchées. Une carte de meilleure résolution et interactive est consultable ici:
http://nationalgeographic.abril.com.br/ng/edicoes/82/reportagens/mt_mapa_200745.shtml
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Clau: muito obrigado pelas fotos!
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>> Parrainez un arbre!

Les projets ont un coût, et vous pouvez contribuer vous aussi. Pour parrainer un arbre, c'est simple et rapide: il suffit de remplir le formulaire sur le site de l'ONG suisse Aquaverde:
(Le paiement s'effectue au choix par virement, par cheque, ou par CB en ligne.)
Par ailleurs vous trouverez sur le site de nombreuses informations sur le peuple Paiter, en particulier sur les projets développés.
>> Wayanga
Emilie Barrucand est ethnologue et a vécu à plusieurs reprises parmi les indiens Mébéngôkre (Kayapo) du Mato Grosso. Elle raconte aujourd'hui son expérience et tire la sonnette d'alarme sur la situation dramatique des peuples indigènes d'Amazonie.
Emilie est par ailleurs une militante active, et est à l'initiative de rencontres interethniques dans le Mato Grosso.
Pour en savoir plus, et pourquoi pas, appuyer le projet:
- Visiter le site de l'association Wayanga: http://www.wayanga.org/
- Lisez le livre :

>> Un très bon reportage sur la situation du peuple Surui et la lutte d'Almir a été écrit par la revue américaine Smithsonian Magazine. Il est en ligne ici (en anglais):
http://www.smithsonianmag.com/issues/2007/march/amazon.php?page=1
Vous pouvez aussi le télécharger en pdf sur le site de l'ONG ACT:
http://www.amazonteam.org/news.html
>> Enfin, ça n'est pas en lien direct avec ma note, mais je recommande chaudement la lecture de cet article du Monde Diplomatique:
http://www.monde-diplomatique.fr/2007/06/HOLTZ_GIMENEZ/14846
Où comment on détruit la forêt vierge pour répondre à la demande occidentale en carburants «écologiques»…
[1] Etat de l'Amazonie brésilienne qui se situe le long de la frontière bolivienne.
[2] Communément appelé Surui, suivant le nom reçu par les blancs. En arrivant, ceux-ci s'étaient renseignés auprès de l'ethnie voisine, ennemie de toujours – Surui signifie ennemi dans la langue des voisins. Paiter est leur véritable nom, qui signifie gens véritables en langue Tupi-Mondé.
[3] Fondation Nationale de l'Indien. L'institution fédérale brésilienne a pour mission de démarquer et protéger les terres indigènes, et de défendre les communautés indigènes.
[4] Syndicaliste seringueiro assassiné en 1988. Sa lutte courageuse fut reconnue sur le plan international et l'écrivain chilien Luis Sepulveda lui a même dédié un roman (Le vieux qui lisait des romans d'amour). Pour en savoir un peu plus sur Chico Mendes, lire ce petit texte: http://www.solidarites.ch/journal/index.php3?action=6&id=18&rubr=10&start=120
Ou celui-ci, plus long et plus intéressant dans la mesure où il recontextualise les luttes socio-écologiques en Amazonie: http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article666
[5] En 2003, le New York Times a rapporté ses propos: «Pour moi, une augmentation de 40% de la déforestation ne signifie rien ; je ne ressens pas la moindre culpabilité pour ce que nous faisons ici. Nous parlons d'une superficie plus grande que celle de l'Europe entière et qui reste peu explorée. Il n'y a aucune raison de se préoccuper.» Le Mato Grosso affiche le plus fort taux de déforestation au Brésil. La forêt y est rasée pour planter du soja, justement, destinée à l'alimentation bovine (l'élevage étant la deuxième cause de déforestation), souvent à fins d'exportation (d’où le concept de « hamburger connexion »).
[6] Malgré les efforts de la part des autorités pour adapter l'éducation à la réalité indigène, l'école a tendance à détourner les jeunes indiens de la culture ancestrale, notamment dans la mesure où ils n'ont plus le temps de suivre l'éducation traditionnelle. Les savoirs et les traditions se perdent petit à petit et la culture se dévalorise aux yeux des nouvelles générations, irremediablement attirées vers les artifices de la civilisation blanche.
[7] Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne
[8] Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Maranhão, Pará, Rondonia, Roraima, Tocantins
[9] 27.000 km², soit la superficie de la Bretagne
[10] Ce projet fortement contesté par la plupart des mouvements écologistes (mais approuvé par Greenpeace) consiste à accorder des concessions privées afin de stopper l'exploitation illégale de la forêt. Au delà du débat idéologique sur la privatisation de la forêt, les critiques portent essentiellement sur la question du contrôle: comment l'état va-t-il s'assurer du respect des obligations environnementales par les entreprises forestières, alors que cette mesure est justement l'aveu de son impuissance sur le terrain?
Dans la maison d'Almir où je suis seul ce soir, un homme entre sans frapper et s'assied à côté de moi. Il s'agit de Perpera, l'ancien pajé[1] de la communauté.
Je lui propose un café, il me fait signe que oui… «Moins! Moins!» D'accord, ça sera un fond de verre.
Il me répète qu'il était pajé, qu'il guérissait les gens…
- Pourquoi est-ce que tu as arrêté?
Il fait un geste vague.
- Dieu… Les esprits…
Je comprends que l'église a quelque chose à voir. J'essaie d'en savoir plus, mais la communication est difficile. Le portugais de Perpera est encore pire que le mien et ses réponses sont floues.
- C'est toi qui as décidé d'arrêter ou bien c'est le pasteur qui te l'a demandé?
- …
- Pourquoi est-ce que tu as arrêté?
- J'étais très fatigué.
- Fatigué?...
- Beaucoup de travail. J'étais le seul pajé pour toutes les communautés. Beaucoup de travail, beaucoup de malades. Toujours courir… J'étais très fatigué alors j'ai arrêté.
- Alors, il n'y a plus de pajé ici, maintenant?
- Non. Aujourd'hui ce sont les blancs qui guérissent.
- …
- J'étais pajé. J'ai un livre. Je te le montre demain.
* * *
Peu convaincu par l'histoire de Perpera, je me renseigne auprès d'autres indiens.
- Pourquoi Perpera a-t-il arrêtée d'être pajé?
- Parce qu'il est devenu protestant, me répond-on sans détour.
- Comment ça s'est passé?
- Le pasteur lui a d'abord dit qu'il devait arrêter son travail à cause des esprits, mais Perpera a continué. Et il est tombé malade. Il a voulu se guérir lui-même, mais les esprits l'ont abandonné.
- Et qui l'a guéri?
- Dieu.
- …
- …
- Et maintenant, il n'y a plus de pajé chez les Paiters… Vous ne le regrettez pas?
- Fazer o que? C'est comme ça! Puisque les esprits sont partis…
Evidemment, si les esprits s'inclinent devant Dieu…
Tout de même, je serais curieux de savoir quel a été le travail psychologique du pasteur a l'origine de cette conversion miracle… Distiller la foi en insufflant la mauvaise conscience, la peur? Apres tout c'est son métier, non? Lui et ses petits camarades qui opèrent un peu partout en Amérique latine bénéficient en outre de l'effondrement de l'auto-estime des indiens pour eux-mêmes, de leur sentiment d'ignorance face a la culture toute puissante qui se présente a eux. Le terrain indien est favorable aux évangélisateurs: il leur suffit de s'engouffrer dans la brèche du doute qui habite déjà les esprits, et c'est toute la construction spirituelle qui s'écroule.
* * *
Le lendemain matin, je m'offre une belle frayeur au réveil: un homme apparaît soudain dans la cuisine, les bras le long du corps il me fixe, immobile. C'est Perpera qui est entré sans un bruit, silencieux comme le jaguar. Il émet un petit rire et me dit que j'ai crie comme une femme.
Il a apporté le fameux livre. Il s'agit d'une étude anthropologique réalisée ici même il y a une dizaine d'années.
- C'est le livre de Betty [l'anthropologue]… C'est moi, là!
Il me montre fièrement les photos où on le voit guider les cérémonies rituelles. À présent c'est un homme triste et fourbu que je vois devant moi…
Dix ans... Les photos semblent bien plus lointaines. Tant de choses ont change depuis. Les maisons, les vêtements…
- Qui c'est qui vous a habillé?
- Eux…
Il esquisse un geste désignant vaguement le lointain.
- Ils ne veulent pas nous voir nous promener nus.
Il me montre une photo de lui, prise sur Copacabana.
- J'ai été à Rio. Avec Betty. J'ai été à Rio.
Son regard s'éteint à nouveau, il regarde ailleurs.
- C'est Betty qui t'a donné le livre ?
- Oui. Betty.
- Elle ne vient plus travailler ici?
- Non. Elle est partie quand l'église est arrivée. Elle ne voulait plus travailler ici, et elle est partie.
On parle des chauve-souris qui virevoltent dans la maison, et il me dit qu'il est exactement le contraire d'elles. Il a besoin de lumière, il ne peut pas dormir dans le noir.
- Pourquoi?
- Je n'aime pas l'obscurité.
- À cause des esprits?
- À cause des esprits de la nuit. Ils tournent autour de moi, ils me prennent à la gorge, il m'étouffent. Il porte les mains à la gorge en guise de mime.
Apres une pause, il ajoute:
- Et puis j'ai mal derrière la tête, tout le temps. Et dans le dos aussi.
Avant de partir, il me vend un collier. Et puis il veut que je lui ramène un petit réveil comme le mien quand je reviendrai. Et aussi "un appareil pour enregistrer la voix", comme Betty avait.